L’humanité est-elle prête à sortir du silo qui l’enferme ? Voilà la question à laquelle répond le troisième roman de la série Silo d’Hugh Howey, Silo Générations, publié en 2013 et traduit de l’anglais par Laure Manceau en 2014 pour les éditions Actes Sud.
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Hugh Howey : Silo Origines
Pourquoi avoir enfermé l’humanité dans des silos ? Le deuxième volume de la trilogie d’Hugh Howey, Silo Origines, répond en partie à cette question. Ce roman a été publié en 2013 et traduit de l’anglais par Laure Manceau en 2014 pour les éditions Actes Sud.
Journal du 1er au 9 août 2024
Far niente, sur place, en Italie. Cela s’appelle Garlenda, c’est en Ligurie, il y a une grande piscine, des chaises longues, des petits tout nus qui se jettent à l’eau, des moustiques, un barbecue. Bref, lecture, certes, mais culture, on n’a pas le temps.

Ce que j’ai lu
Un monde, celui des silos d’Hugh Howey, devenu invivable, un espace clos, oppressant, où des gens nous veulent du mal sans qu’on comprenne pourquoi, et ce monde de peau qui rosit sur des transats et de restaurants à fruits de mer : tout cela semble tellement à l’opposé, mais l’oppression n’est jamais bien loin. Je suis touriste en Italie, je n’y suis pas migrant, et ceux des silos veulent fuir mais le monde si verdoyant d’au-delà des collines est-il si verdoyant que cela ?
Ce que j’ai vu et entendu
Des enfants. Pour un vieux garçon comme moi, la présence permanente de gamins est un spectacle charmant mais parfois fatigant (les parents sont là, ils portent le fardeau de la fatigue avec bonne humeur, même si un coin de leur mémoire se souvient de vacances plus reposantes). Un matin, alors que je bois mon café, E. (les deux petits tout nus s’appellent E.) (le plus petit qui se râpe les genoux, c’est A.) me dit : « Il faut la tenir par la boucle d’oreille. » Quoi ? « Ta tasse. » J’avais oublié qu’il y avait une anse à cette tasse. E. (l’autre petit tout nu), quant à lui, a une manière bien à lui de protester quand les pizzerias sont fermées : il fait c… (à compléter avec le mot qui a été le plus souvent prononcé durant ces vacances).
Ce que j’ai fait
Far niente : faire rien.
Journal du 28 au 31 juillet
Ce que j’ai lu
Il est question de Faire sécession avec Éric Sadin et aussi, en filigrane, avec Silo Origines. Mais fait-on sécession seulement en lisant ? Certes non, mais c’est par la sécession intérieure que commence l’action (même si je dois avouer que j’en reste à la sécession intérieure, sécession d’avec soi-même aussi, en pensée avec Charles Juliet, pour qui il est essentiel de se délivrer du moi). Lire, c’est déjà un peu faire sécession, oui.
Ce que j’ai vu
Début de la dernière saison de Blacklist. S’il y a un homme qui a fait sécession avec tous et avec lui-même en particulier, c’est bien Raymond Reddington, qui à lui seul fait l’intérêt de cette série. Un homme bon qui commet des atrocités sans le moindre remords ou un homme mauvais qui soudain devient généreux, un être complexe, voilà ce qui manque bien souvent dans les histoires qu’on nous raconte (malheureusement, les autres personnages de la série sont un peu trop des gentils ou des méchants comme on les connaît).
Ce que j’ai entendu
On écoute en lisant des airs d’armaillis, ceux de la Roche, en patois fribourgeois. Ça colle assez mal avec les enfermés du silo.
Ce que j’ai fait
On n’est jamais satisfait de ce qu’on fait, on a toujours l’impression de ne pas faire grand-chose, mais par une telle chaleur, l’appel de la piscine est trop fort (comme Kafka, le jour du déclenchement de la Première Guerre mondiale). J’ai écrit un peu, une chanson sur la solitude estivale, où j’exagère et où il est question d’écrire.
Journal du 18 au 20 juillet 2024
Ce que j’ai lu
Il fait chaud. On s’enferme un peu dans Silo origines mais on a besoin de grand air (pourtant on est à la piscine, le ciel est bleu, on a la chance de vivre dehors, l’air n’est pas (encore) totalement empoisonné), alors on feuillette des bandes dessinées, la jeunesse de Durango, le Far West (on n’en sort pas, de cette fascination, comme l’enfant de Grange), des coups de pistolet en veux-tu en voilà et de l’aventure quand tout ici est si calme.
Ce que j’ai vu et entendu
(il y a du visuel dans l’auditif et de l’auditif dans le visuel, c’est pourquoi nous ne distinguerons plus les deux, ou pas systématiquement, on verra bien, bien entendu)
Dans la moiteur étouffante d’une salle de gymnastique, les enfants (et les grands enfants) du camp de l’EJIB présentent le résultat d’une semaine de travail (et de plaisir, et d’amitié). Ils sont tantôt chapeautés, tantôt vêtus de toges à la romaine, à la grecque, à la viking, à l’égyptienne, à l’australopithèque, à la caraïbe, et nous voyageons avec eux dans le temps, de l’Orient à l’Amérique, avec pour finir un retour vers le futur que malgré la torpeur d’un soir torride le public redemande. Musique amateur, dit-on. Aimer la musique, dès l’enfance, pense-t-on. La musique adoucit les mœurs. Espérons que ces enfants continueront à diffuser l’enthousiasme qui fut le leur durant une semaine.
Ce que j’ai fait
Blues pour les nuls, ça s’appellerait, puisque c’est tiré tout droit de La guitare pour les nuls, qui avec les accords E7, A7, B7 (touché coulé), propose de préférer des chansons sur la trahison, l’infidélité, le fric plutôt que sur les taux d’intérêt en hausse (pourtant c’est aussi une histoire de fric, non ?) et de dire « ma meuf s’est fait la malle » plutôt que « ma partenaire a été insensible à mes besoins » (l’histoire devant se passer à Fleury-Mérogis, mais je n’en ai aucune idée où c’est). Bref, ma dernière chanson s’appelle Ma meuf s’est fait la malle (ou Blues pour les nuls) et comme je ne suis pas en plein chagrin d’amour, ça donne un blues pas sérieux (comme le fameux Blues de Neuilly de Gilbert Laffaille) (fameux, c’est peut-être exagéré) (mais écoutez quand même, ça vaut le coup) (où se trouve Fleury-Mérogis par rapport à Neuilly ?).
Journal du 2 au 10 juillet 2024
Ce que j’ai lu
Papillonnage de début de vacances, entre Silo, Les naufragés du Wager, Albert Camus, Jacques Chessex, Hergé (ce Quick et Flupke que m’a prêté une gamine de deux ans et demi) et autres réflexions sur la fin du travail, la sécession et que sais-je encore. Rien ne se cristallise, je lis comme dans un apéritif dînatoire, sans plat de subsistance (au fond, c’est bien Quick et Flupke, la lecture qui convient en de telles circonstances, ça dure deux pages, ça n’est pas compliqué à comprendre, c’est marrant et ça te prend pas la tête, mais le problème, c’est que c’est court et qu’il faut déjà que je demande à cette petite si elle n’a pas d’autre album à me prêter).
Ce que j’ai vu
Miroir… Mon beau reflet. Ce sont des jeunes qu’on dit en rupture ou en souffrance ou inadaptés, mais ils sont plus beaux que le reflet que la société en donne. Sur scène, ils sont bourrés de talents, ils dansent, ils (elles surtout) chantent, ils font des acrobaties et c’est avec leurs propres mots et leurs propres dessins intérieurs, que nous les voyons dire ce que la violence du monde voudrait taire, révélant que s’ils ont l’air inadaptés c’est peut-être d’abord parce que la société elle-même est inadaptée.
Le Comte de Monte-Cristo. Lui aussi, la société lui fait payer le prix fort. La société, ce sont trois hommes : un capitaine sans honneur, un procureur ambitieux, un jaloux. On connaît la suite : l’île d’If, l’évasion, la vengeance. Le film vaut-il le livre ? Question sans fin (d’autant plus quand on a un peu oublié le bouquin). Ce qui est réussi, c’est l’incarnation d’Edmond Dantès par Pierre Niney , qu’on voit petit à petit s’assombrir sans perdre son panache. Le reste est classique, mais ne boudons pas notre plaisir (même si le livre permet de plonger plus profond, toujours).
Ce que j’ai entendu
Des vies de peintres (Berthe Morisot, Claude Monet, Edgar Degas, Francis Picabia, Paul Gauguin…) ou comment dire la peinture sans la montrer. J’écoute (parfois d’une oreille) et j’imagine, refusant la facilité d’aller voir. Regarder la peinture sans les tableaux, regarder la peinture avec une seule oreille (il n’est pourtant pas question de van Gogh), en rester à l’impression qu’on peut en avoir sans avoir rien vu (une sorte d’impressionnisme au carré).
Ce que j’ai fait
Rattraper le retard pris dans les quarante jours d’écriture, écrire en vrac, un peu de tout, reprendre sans vraiment la reprendre cette histoire de Séraphine à laquelle il faudra bien un jour que je me confronte à fond, mais le reste du temps continuer mes papillonnements, mes petites chansons et mes grattages. Rien ne mobilise toute l’énergie. On se laisse aller à créer un peu, à inventer en dilettante, à n’être qu’un écrivain et un musicien du dimanche.
Hugh Howey : Silo
Des humains qui vivent dans un silo sans jamais pouvoir en sortir vivants, voilà ce qu’imagine Hugh Howey dans Silo, un roman publié en 2012 aux Etats-Unis et traduit de l’anglais par Yoann Gentric et Laure Manceau en 2013 pour les éditions Actes Sud.
Journal du 13 au 15 juin 2024
Ce que j’ai lu
Achevé Silo avec comme un goût d’inachevé (il y a deux autres tomes). On ne sait toujours pas pourquoi ils sont enfermés dans ce silo. Mais n’est-ce pas notre lot commun ? Nous sommes enfermés dans des lieux absurdes sans espoir d’en sortir sinon les pieds devant (ce qu’ils appellent dans le silo le nettoyage) (ce monde de Silo me fait penser à celui, plus terrible parce que plus mécanique et condensé, du Dépeupleur de Beckett) (ce sont des allégories de ce monde, le nôtre, sur lequel nous avons si peu de prise).
Ce que j’ai vu
Ce monde, le nôtre, celui des voisins, la politique française regardée avec fascination, sidération et enthousiasme par un petit Suisse pépère qui rêve que chez lui aussi naisse un front populaire (mais le peuple suisse n’est pas le peuple français, ce qu’il aime, le peuple suisse, c’est la tranquillité, le gazon bien tondu, la propreté, l’ennui) (pas de grand récit en politique suisse, l’éloge permanent de la mollesse) (je surfe au hasard pour piger un peu leur épopée, à nos voisins, leur sentiment permanent d’écrire l’histoire, leur grandiloquence et leur sens du spectacle) (voilà que Mélenchon purge son parti, paraît-il, parce que deux jours d’union de la gauche c’est trop, semble-t-il, parce que perdre la main, jamais, semer le bordel, toujours) (pendant ce temps-là, en Suisse, c’est un syndicaliste socialiste qui démantèle la Poste).
Ce que j’ai entendu
Dans un tel brouhaha, peut-on encore entendre quelque chose ? Je peine à me concentrer sur la musique que j’écoute, comme si trop de mots saturaient l’espace (il y a eu un peu de Verdi, je crois, Offenbach peut-être, Gustav Mahler).
Ce que j’ai fait
Quant à faire des choses, là aussi, attendons que le calme soit de retour (on peut attendre un moment). Je me suis inscrit à l’atelier d’été de François Bon, ai écouté la proposition de prologue, me suis vaguement souvenu de ce que j’avais écrit la première fois, n’arrive pas à m’y recoller. Sinon, il reste la musique à faire, mais mes anches de clarinette sont trop faibles et la seule boutique qui en vend dans le coin est fermée. On joue quand même, à petites doses.
Journal du 7 au 10 juin 2024
Ce que j’ai lu
Entre ironie et dystopie ou comment dire le monde qui est et le monde qui vient en gardant ses distances (de plus en plus, il est nécessaire de prendre ses distances avec le monde) : dans Silo, on commence à comprendre que vivre enfermé n’est pas normal ; dans Les cités obscures, on voit qu’à force de construire à n’en plus finir on détruit ; dans la correspondance des dernières années de Gustave Flaubert, on s’efforce de tout regarder avec l’ironie du désespéré qui s’acharne à jouer les Bouvard et Pécuchet.
Ce que j’ai vu
Toujours Les 100 : et si sur une autre planète on trouvait la paix ? Ils débarquent du ciel, sont émerveillés de découvrir un monde où la vie est encore possible, mais ce n’est bien sûr qu’une illusion. Dès que l’humain foule une terre, il la souille.
Ce que j’ai entendu
Avec philosophie, s’interroger sur le tragique (Racine, Shakespeare, Nietzsche, les anciens). Nous vivons une époque tragique mais nous faisons tout pour nier la tragédie (existentielle, climatique, politique, j’en passe). Il faut faire semblant de croire que tout est encore sauvable alors que nous mourrons (c’est la tragédie existentielle), que la vie sur terre devient de plus en plus impossible (c’est la tragédie climatique), que le RN est aux portes du pouvoir chez nos voisins français (c’est l’une des tragédies politiques, avec le grand retour de Trump et le maintien des Xi Jinping, Poutine, Modi, Erdogan, Maduro, Orban et j’en passe). Bref, l’optimisme est (Voltaire l’avait déjà vu) une supercherie dangereuse dans un monde qui s’effondre.
Ce que j’ai fait
Étant donné la tragédie, que faire ? S’acharner à écrire et à faire de la musique (surtout cela, faire de la musique, chanter, jouer de la clarinette, proposer un peu de beauté pour survivre quand la laideur se pavane).
Journal du 1er au 6 juin 2024
Ce que j’ai lu
Entre deux dissertations, nécessité de s’aérer l’esprit, mais c’est pour s’enfermer dans un silo qui entre en guerre (ce livre, Silo, j’accroche de plus en plus, me disant que je devrais lire plus de science-fiction) ou c’est pour imaginer des ombres en couleur dans une cité obscure, bref entrer dans des mondes impossibles où on n’a pas à disserter à n’en plus finir sur les énergies renouvelables, la science et les jeunes, l’effondrement de la civilisation (même si Silo, c’est bien cela).
Ce que j’ai vu
Il fallait choisir entre le truc en plus et le bizarre. J’ai choisi le bizarre : Furiosa, un film de la saga Mad Max dont pourtant je ne connais rien, mais on m’explique que de toute façon ça se passe avant le film précédent et que donc je ne devrais pas trop être perdu et que de toute façon, le principe est simple, on se bat sur des grosses machines, des motos, des camions, des monstres mécaniques, sauf que l’intérêt du film n’est pas (que) là, il est dans ce monde postapocalyptique, devenu désert, sauf à un endroit que tout le monde cherche, et me revoilà dans mes obsessions du moment, me revoilà dans Silo et dans Les 100 et dans ce sujet de dissertation sur l’effondrement de la civilisation. Pourquoi tant de postapocalyptique soudain ? Parce qu’on sent bien que c’est ce qui nous attend (on force le trait, j’espère, mais n’empêche que…)
Ce que j’ai entendu
Des grondements de moteurs (dans Furiosa) mais aussi Mauvais genre et ce lieu de rêve (si loin des cauchemars postapocalyptiques et dissertationnels), le palais idéal du facteur Cheval dont la visite sonore me laisse sur ma faim : je veux y aller, dans ce lieu, cette véritable utopie (qui n’en est plus une puisque le lieu existe vraiment, ce que je peine à croire, tant ça a l’air génial ; il faut que je me dépêche, avant que des Américains le déplacent dans le Massachussetts, comme ils n’ont pas manqué de le proposer, ou que l’apocalypse nous enferme dans des silos, des navettes spatiales ou des monstres mécaniques).
Ce que j’ai fait
Corriger des dissertations, certes, mais étoffer mon répertoire de chansons que je sais (mal) jouer à la guitare, répertoire qui atteint le chiffre de deux (Santiano et Le gorille). Il y a aussi eu une procession (la saison des cérémonies s’achève bientôt) et des gammes (c’est pour mon bien, qu’elle me répète sans cesse, je feins de la croire, pour lui faire plaisir ; elle prétend qu’après, tout devient facile ; mais bien sûr…).