Journal du 28 au 31 juillet

Ce que j’ai lu

Il est question de Faire sécession avec Éric Sadin et aussi, en filigrane, avec Silo Origines. Mais fait-on sécession seulement en lisant ? Certes non, mais c’est par la sécession intérieure que commence l’action (même si je dois avouer que j’en reste à la sécession intérieure, sécession d’avec soi-même aussi, en pensée avec Charles Juliet, pour qui il est essentiel de se délivrer du moi). Lire, c’est déjà un peu faire sécession, oui.

Ce que j’ai vu

Début de la dernière saison de Blacklist. S’il y a un homme qui a fait sécession avec tous et avec lui-même en particulier, c’est bien Raymond Reddington, qui à lui seul fait l’intérêt de cette série. Un homme bon qui commet des atrocités sans le moindre remords ou un homme mauvais qui soudain devient généreux, un être complexe, voilà ce qui manque bien souvent dans les histoires qu’on nous raconte (malheureusement, les autres personnages de la série sont un peu trop des gentils ou des méchants comme on les connaît).

Ce que j’ai entendu

On écoute en lisant des airs d’armaillis, ceux de la Roche, en patois fribourgeois. Ça colle assez mal avec les enfermés du silo.

Ce que j’ai fait

On n’est jamais satisfait de ce qu’on fait, on a toujours l’impression de ne pas faire grand-chose, mais par une telle chaleur, l’appel de la piscine est trop fort (comme Kafka, le jour du déclenchement de la Première Guerre mondiale). J’ai écrit un peu, une chanson sur la solitude estivale, où j’exagère et où il est question d’écrire.

Journal du 25 au 26 mai 2024

Ce que j’ai lu

Le Traité de morale pour triompher des emmerdes de Fabrice Midal. Pourquoi ce livre me laisse-t-il sceptique ? Peut-être parce que je suis moi-même plus sceptique qu’aristotélicien, mais n’est-ce pas la philosophie elle-même ou plutôt son utilité qui me laisse sceptique ? Fabrice Midal procède à ce qu’il nomme des retournements, par exemple celui-ci : La peur est l’écho de ta bravoure. Écoute-la (c’est le titre du chapitre 10). Or ces retournements sont des ordres. Peut-être (écrit le sceptique) est-ce cela qui me pose problème : l’impératif. Je préfère la forme interrogative et me méfie des réponses (celles de Fabrice Midal ne sont d’ailleurs pas sans intérêt mais son côté gourou a tendance à les rendre insatisfaisantes à celui qui remet toujours tout en cause).

Ce que j’ai entendu

Restons dans la veine philosophique. Avec philosophie s’attaque à Kant (que d’aucuns voudraient piger en moins d’une heure par semaine et en un mois…). Je renonce à commenter une telle pensée (à l’impossible nul n’est tenu) mais je retiens qu’il s’agit de penser par soi-même et de penser sa propre pensée (Kant dit cela, ou pas tout à fait cela, et de manière beaucoup plus précise). Suis-je kantien ? Fidèle au principe énoncé plus haut, je ne répondrai pas : qui peut se targuer de répondre à une telle question ?

Ce que j’ai vu

(Je me rends compte que j’ai inversé l’ordre de mes chapitres) (je devrais le faire plus souvent). Deux émissions d’Arte, deux questions à propos de l’intelligence artificielle : perdons-nous le contrôle sur l’IA ? l’IA menace-t-elle la démocratie ? On pourrait rassembler les deux questions (philosopher, c’est peut-être d’abord ça : changer les questions) : qui a le contrôle sur l’IA ? qui est ce nous de la première question ? comment rendre ce nous démocratique ? Hugo Micheron montre que les ennemis de la démocratie commencent à utiliser l’IA pour nous déstabiliser : nous pouvons interagir avec une IA saturée de discours salafistes qui nous endoctrinera sans que personne ne nous parle. Alors, qui sommes-nous ? Des humains et il ne tient qu’à nous de ne pas perdre le contrôle sur ce que nous avons créé (ce n’est pas l’IA qui m’inquiète, c’est l’humain, intelligence artificielle mais connerie naturelle).

Ce que j’ai fait

Cette chanson sur l’IA, justement, je crois qu’elle est terminée (en queue de poisson, comme il se doit). La prochaine ? Juste un titre : Marin des Alpes. Il s’agirait de fusionner la tradition de la chanson de marins à celle (la mienne) de la chanson d’armaillis. J’ai compté onze chansons dans ce cahier vert plein de ratures mais des chansons dans un cahier sont-elles des chansons ? Sous la douche, elles le sont déjà plus mais il reste là aussi à trouver un nous : avec qui leur donner vie, à ces chansons ?