Journal du 5 au 7 septembre 2024

Ce que j’ai lu

D’où vient le succès de Stephen King ? Je lis avec grand intérêt Billy Summers, un polar palpitant, me souviens de L’Institut, un roman de science-fiction fascinant, et je ne peux que constater que dans deux genres fort différents (je n’ai presque rien lu d’autre de Stephen King), on se retrouve dans le même état d’esprit : on veut savoir le fin mot de l’histoire, on va de surprise en surprise, on s’attache à des personnages ambigus, on découvre cette Amérique des périphéries et des motels (il y a dans Billy Summers un souvenir du Lolita de Nabokov mais Billy le tueur à gage est néanmoins beaucoup plus fréquentable que monsieur le professeur Humbert Humbert).

Ce que j’ai vu et entendu

Il est curieux de constater à quel point le vu et l’entendu s’effacent plus vite que le lu. Je me suis endormi devant la fin d’un épisode de Sherlock et la radio a évoqué Franz Kafka mais aussi l’état du monde (l’adjectif kafkaïen n’a aucun sens, le monde de Kafka étant beaucoup plus intéressant que le triste monde de ceux qui se tapent dessus sur fond de montée un peu partout d’une peste brune devenue désormais fréquentable).

Ce que j’ai fait

Enseigner est un art, une création collective (une caricature vue je ne sais où : le prof porte tout le poids de l’éducation pendant que l’Etat et les parents font semblant ; l’image est fausse : l’essentiel du poids, dans l’éducation, c’est l’élève qui le porte ; comment peut-on parler d’éducation sans penser à celles et ceux qui en sont le cœur ?) Entre deux cours, je retouche deux ou trois textes, puis c’est reparti.

Journal du 28 au 31 juillet

Ce que j’ai lu

Il est question de Faire sécession avec Éric Sadin et aussi, en filigrane, avec Silo Origines. Mais fait-on sécession seulement en lisant ? Certes non, mais c’est par la sécession intérieure que commence l’action (même si je dois avouer que j’en reste à la sécession intérieure, sécession d’avec soi-même aussi, en pensée avec Charles Juliet, pour qui il est essentiel de se délivrer du moi). Lire, c’est déjà un peu faire sécession, oui.

Ce que j’ai vu

Début de la dernière saison de Blacklist. S’il y a un homme qui a fait sécession avec tous et avec lui-même en particulier, c’est bien Raymond Reddington, qui à lui seul fait l’intérêt de cette série. Un homme bon qui commet des atrocités sans le moindre remords ou un homme mauvais qui soudain devient généreux, un être complexe, voilà ce qui manque bien souvent dans les histoires qu’on nous raconte (malheureusement, les autres personnages de la série sont un peu trop des gentils ou des méchants comme on les connaît).

Ce que j’ai entendu

On écoute en lisant des airs d’armaillis, ceux de la Roche, en patois fribourgeois. Ça colle assez mal avec les enfermés du silo.

Ce que j’ai fait

On n’est jamais satisfait de ce qu’on fait, on a toujours l’impression de ne pas faire grand-chose, mais par une telle chaleur, l’appel de la piscine est trop fort (comme Kafka, le jour du déclenchement de la Première Guerre mondiale). J’ai écrit un peu, une chanson sur la solitude estivale, où j’exagère et où il est question d’écrire.

Mahi Grand : La Conférence

L’homme, un singe comme les autres ? Le singe, un homme comme les autres ? La Conférence, bande dessinée de Mahi Grand, d’après la nouvelle Rapport pour une Académie de Franz Kafka, publiée en 2022 aux éditions Dargaud, répond peut-être en partie à cette question.