Notes d’écoute : bilan, douleur, archéologie

François Bon #2024 #2025 | je fais le bilan

Voilà une heure qu’il parle de ce qu’il fait et il fait beaucoup et parle beaucoup, parle de ses deux chaînes YouTube :

La 2ème est devenue la première

Journal de près, uniquement pour les abonnés Patreon

« Qu’est-ce que je me suis planté » (pourquoi ?) (il est question de littératube) (les chaînes à 25 abonnés passent à 28) (Facebook peu efficace) (sortir la tête de l’eau du web) « t’essaies, t’essaies, t’essaies », ne pas rendre compte de livres publiés (je fais le contraire)

Moi aussi, j’essaie, j’essaie, j’essaie. J’ai un peu plus que 28 abonnés (2427 pile au moment où j’écris, une goutte d’eau dans l’océan du web, mais pas rien, 2450 au moment où je transvase sur mon blog). François Bon expérimente, il ouvre des chantiers pharaoniques que je peine à suivre (Lovecraft, Balzac, ateliers d’écriture, je vois passer, je me dis qu’il faudrait aller y voir, y vais de temps en temps, mais c’est déjà la proposition 4 alors que j’ai à peine esquissé un truc pour la zéro, celle de mise en route, alors tant pis, on suit des chemins parallèles, je tente mes propres trucs, lis Derborence, parcours une fois par semaine mes lectures du moment, prends des photos à heure double (ne pas oublier, aujourd’hui, à 11h11), trouve un titre inspirant pour écrire je ne sais quoi (cela s’appellerait L’apéro-fantôme, et cela me rappelle que demain, j’ai invité des gens pour un apéro véritable et que les projets d’écriture devront attendre) (il y aura sans doute des traces de l’apéro en chair et en noce dans L’apéro-fantôme).

François Hadji- Lazaro, Fais-moi mal, Johnny

La violence conjugale, devenue purement masculine (Boris Vian, pour une telle chanson, serait cloué au pilori).

Le masochisme n’est plus à la mode, mais le sadisme oui, ce qui crée un certain déséquilibre. Entre hommes consentants, tout est permis, a-t-on envie de penser, mais on hésite, il y a des limites, non ? N’étant ni sado ni maso, je ne sais pas. La série noire, je la lis, c’est tout.

Nouveaux moyens, nouveaux financements, nouvelles problématiques en archéologie – Jean-Paul Demoule

… Moyen-Âge : identité ethnique des textes contredite par les tombes ; période de révolution industrielle (urbanisation) ; archéologie jusqu’au 20ème (conflits, vie quotidienne) ; évolution du climat sur la très longue durée ; relations entre l’idéel et le matériel ; question des identités nationales ; rapport avec l’au-delà et les représentations ; naissance des inégalités et de la violence (qu’on peut dater) : tout ça est traité par l’archéologie.

(et aussi : les poubelles du monde contemporain très intéressantes, plus que la sociologie) (j’exagère)

Archéologie ≠ Indiana Jones

Les archéologues de demain, qu’inféreront-ils de ce qui jonche les sols d’aujourd’hui ? Ils risquent, si tout n’est pas pulvérisé, de crouler sous la masse des choses qui partout prolifèrent et les questions que se posent les archéologues d’aujourd’hui leur paraîtront bien maigres en face de l’océan d’étrangetés qu’ils découvriront sans rien y comprendre sinon que cette civilisation n’a pas cessé de produire tout et n’importe quoi, des choses, des choses et encore des choses et que c’est sans doute pour cela, feront-ils l’hypothèse, que tout s’est effondré. Quant ils tomberont sur Indiana Jones, ils seront à plat ventre de rire.

Notes d’écoute : disques madeleines

CD Fredericks, Goldman ans Jones, Pluriels 90/96

Un cd madeleine (plus réécouté depuis si longtemps) (retour en adolescence)

Tu manques : (oubliée, celle-là, pas la précédente) (intro qui sent tranquillement son Goldman, tristement tendre, légère, puis sa voix, presque cassée)  coule la pluie, cheveux et veste (l’ordinaire mais sans toi) tu me manques pas à pas (oui, retour en adolescence) (simplicité profonde du sentiment) prendre un taxi, tourner les pages … faire et puis refaire ses bagages … comment allez-vous ? à demain … le pire est au bout de l’absence ; je suis plus vivant que je crois (j’ai dû pleurer, en l’écoutant, cette chanson, mais je ne m’en souviens plus) (on ne prend des notes que de soi, quoi qu’on écoute) la lune est pleine … est-elle vide aussi parfois ?  … tu manques, si tu savais (le problème, c’est qu’elle n’en a jamais rien su).

Juste après : (mais après quoi ?) (on devine) (longue intro) elle a éteint la lumière … se balader, prendre l’air … son univers (rapetissé à l’infini, l’univers) … une cigarette … (mais après quoi ?) (je ne suis pas sûr d’avoir deviné) (une guitare électrique) … après ça … elle est sûrement retournée le regarder respirer … (qui ?) … qu’est-ce qu’on peut bien faire après ça ? (on ne saura pas).

Des vies : avocat, notaire, une vie (pas tout à fait), sanglots, feux, désirs ; peu, si peu à choisir ; chanteur de rap, dealer, enfant de la rue (pas mieux, pas pire, ces vies-là) … que reste-t-il à écrire (solo de guitare, il sera musicien, ce serait mieux) (ou pire) (il ne reste presque rien à écrire, presque) (écrire le presque rien) (peu, si peu) (se contenter du solo de guitare).

Fermer les yeux : (voix d’enfants) (pour les voir : fermer les yeux) et puis cette ombre au fond de l’ombre … oublie jusqu’à demain … le corps à l’abandon … vague regard au ciel … (on n’y voit goutte).

Après l’adolescence, quand je me suis cru adulte, j’ai cru aussi devoir mépriser Goldman et compagnie, mais passé la quarantaine on redevient adolescent (l’enfance, ce sera pour la vieillesse) et les rêves d’adolescent on recommence à les rêver, parce qu’on se rend compte qu’il serait peut-être temps de les réaliser, que ce sera bientôt trop tard. Le tu de tu manques n’est plus le même mais le manque reste le manque. Et de ces vies ratées, la nôtre n’est pas loin (presque).

CD Juliette, Le Festin de Juliette

C’est par ce disque que je l’ai découverte, impressionné qu’on puisse encore chanter ainsi aujourd’hui (avec du texte, et de la voix)

Garçon manqué : des serpents, des aliens, elle rêve, se croit dans un jeu vidéo, pour son anniversaire un beau sabre de corsaire, adieu les sales poupées, les jupes et les jupons (et pourtant ça continue, on fabrique des petites filles mignonnes à la chaîne).

Cette affaire de genre, on n’en sort pas, sauf elle, sauf Juliette, qui s’en libère, tout à fait femme et tout à fait garçon (et pas manqué pour un sou, le garçon sous la fille).

Notes d’écoute : index, répertoires et fables

LVME #07 #08 | répertoire des noms, index des histoires

Toujours pas écrire ou peut-être si, mais d’abord prendre note (c’est déjà écrire) :

  • 100 ans (j’écris aussi sur 100 ans)
  • Pérec ne parle pas des banlieues, mais ouvre des représentations des immeubles, des lotissements (comme Simenon, La nuit du carrefour) (j’ai une dizaine de Simenon trouvés dans une cabine, pas celui-là je crois)
  • On fait émerger une galaxie d’écriture-lieux.
  • Sujet collectif, galaxie humaine chez Dostoïevski
  • Forer nos tunnels plus loin
  • Passage à l’échelle du collectif
  • Fin, mais après plan de l’immeuble, nom des personnes qui l’habitent et des occupants précédents : point de départ.
  • Deux pistes (il ne les dit pas tout de suite)
  • 100 pages d’index (liste, chez Pérec, toujours) (où est Bourvil dans LVME ?) (l’envie de reprendre mon bouquin, pour voir) (rue de Paris, y retourner ce printemps ?)

La grâce de cette rue industrielle située à Paris entre la rue Aumont-Thiéville et l’avenue des Ternes, écrivait Guillaume, ce pourrait être le commencement de cet index, une piste à suivre, une déambulation, avec Apollinaire, Pérec, Dostoïevski, Bon, tous les autres, une déambulation collective dans l’écriture de tous, dans les rues de tous, dans les noms propres qui surgissent de partout, mais ce n’était pas cela la consigne, celle-ci m’a échappé, je n’ai pas écrit, j’ai seulement rêvé, aperçu de loin une galaxie qui tourne autour de l’univers, à des millions d’années-lumière. Retourner à Paris ce printemps ? Pour y écrire quel index ? Pour tenter d’y épuiser quel lieu ? Pour y forer quel tunnel ? Imaginer Paris dans 100 ans (une dystopie, sans doute, partout, le monde, dans 100 ans) (déjà aujourd’hui, la dystopie).

CD Les Frères Jacques chantent La Fontaine

La cigale et la fourmi : à coup sûr, ils sont cigales, les Frères Jacques, mais derrière, pour danser l’été, l’hiver il y a un travail de fourmis (en collants).

Le singe et le léopard : fanfare avec cuivres grinçants, clarinette (le singe, c’est la clarinette), mais le léopard, c’est quel instrument ? L’orchestre entier. Morale : la clarinette suffit (la clarinette, c’est l’esprit) (les autres n’ont que l’habit pour tout talent).

Le corbeau et le renard : mes élèves, l’an passé, n’avaient jamais entendu cette fable (sans mentir) (j’ouvris mon large bec pour la leur déclamer à la vaudoise, à la bernoise) (je fus flatté) (à mes dépens) (de toute façon, les corbeaux ne mangent pas de fromage).

Le héron : musique bucolique, puis le héron au long bec emmanché d’un long cou, ma commère la carpe, mais le héron n’en veut pas, ni des tanches (failli la lire avec mes élèves, cette fable, en complément des Précieuses ridicules), ni du goujon, mais la faim le prit et il fut tout heureux et tout aise de rencontrer un limaçon (comme les Précieuses ?).

À la clarinette, j’ai joué, il y a fort longtemps, Le secret du limaçon. Ce n’est pas une fable. C’était, je crois, une musique bucolique, mais elle fut, en ce temps-là, laborieuse. Quant aux fables de La Fontaine, elles ont bien besoin du génie des Frères Jacques pour devenir supportables, tant l’école les a cucufiées, tant elles ont servi de moraline aux médiocres, tant on les a utilisées pour punir les récalcitrants et ceux (ça m’est arrivé) qui avaient oublié de poser leurs chaussons sur la bonne tablette. Certes, l’adulte y trouve de jolies expressions, des tournures originales, des personnages pittoresques, mais rien à faire, elles me gavent, comme on gave les oies. Titre de fable nouvelle : l’entonnoir et le gallinacé.

Notes d’écoute : sur l’universalisme

Antoine Lilti, L’universalisme des lumières, cours 10

La langue de la liberté : le français ? L’universalisme est français (ce n’est pas ce que dit Antoine Lilti, mais c’est sous-entendu).

Abbé Grégoire dénonce les chimères de Cloots : république universelle = pierre philosophale. Convertir l’ensemble des peuples à la liberté (très lent…) (anthropophages des mers du Sud pas prêts) (mais n’existent pas).

Fédération des peuples : affaiblit la cohérence et l’homogénéité des peuples, arrêt de mort de la République française. Grégoire pour l’émancipation des Juifs, contre l’esclavage (les noirs font partie du genre humain). Grégoire est donc universaliste : nation = collectif unifié et homogène ; politique culturelle nécessaire à la régénération (idée chrétienne, curé éclairé proche des protestants), lié aux prêtres radicaux (Adrien Lamourette, joli nom pour un curé), Révolution française catholique.

Grégoire : figure majeure (cf. le tableau de David), conscience morale de la Révolution.

D’autres font le lien entre Révolution et purification religieuse (Desmoulins : Révolution = baptême) : tous français, tous frères ; universalisme chrétien.

Députés effrayés par les révoltes paysannes : obstacle linguistique selon Grégoire (c’est pour ça que j’avais entendu parler de lui, Grégoire fut l’un des premiers linguistes).

La France, patrie de l’universel. Problème : si tu n’es pas français, tu te sens exclu de l’universel. Et si tu es exclu de l’universel, tu n’es rien, et la France est tout. La France, c’est l’universel. D’où la colonisation. Et pourtant, il y a dans la Révolution française une générosité, une ouverture au monde qui peut-être francise l’universel mais qui aussi universalise la France. L’abbé Grégoire incarne cette incohérence. Il nous pose problème : faut-il se débarrasser de l’universel sous prétexte qu’il est français ? Certes non, il faut universaliser l’universel (quand d’autres, toujours plus nombreux, ne veulent que franciser la France).

Antoine Lilti, L’universalisme des Lumières, cours 11

Elisabeth Badinter contre les quotas de femmes : remplacement de la République par le communautarisme.

Gisèle Halimi : principe universaliste pour l’individu général ; l’homme universel est un homme blanc bourgeois. Coup d’estoc (j’ai de la peine à suivre). Principe de différenciation sexuelle est premier et échappe à toute approche communautaire.

Sylviane Agacinski : universalisme ≠ ignorer la différence sexuelle ; péché originel de 1789 : communauté politique des mâles ; scène politique ouverte (pas refermée)

1789 : point de départ d’un long processus d’émancipation ou scène originelle de la domination masculine moderne ?

Historiographie : Joan B. Landes, les femmes exclues alors qu’avant la Révolution elles s’émancipaient (thèse à succès, mais de quelles femmes parle-t-on ?)

Qu’en est-il exactement ? Droits politiques jamais envisagés pour les femmes.

Penser l’universel à partir de soi-même, peut-être est-ce cela le péché originel. Je suis un homme blanc moi aussi et donc je me prends pour modèle, ne sachant pas être quelqu’un d’autre que moi-même, d’où la nécessité de se mettre à la place de l’autre pour tenter d’approcher l’universel. Ce qui est surprenant, c’est qu’à l’époque des Lumières, on s’est mis à la place des Persans, des Tahitiens, des Amérindiens, des Chinois, des Africains, de peuplades très éloignées de nous (les hommes blancs) qu’on venait de découvrir, mais on n’a pas songé à se mettre à la place des celles avec qui nous avons toujours vécu, ces femmes sans qui nous ne transmettrions pas la vie, ces femmes qui partagent jusqu’à notre lit, ces femmes invisibles dont la grève aurait provoqué l’effondrement de la civilisation. Des progrès ont été faits mais il semble que l’on assiste à une brutale régression, les discours et les actes sexistes se réveillant en même temps que s’éteignent les Lumières, qui bien que faibles, laissaient espérer un universalisme de plus en plus (le mot aujourd’hui fait ricaner ou pire, hurler de colère) inclusif.

Notes d’écoute : a priori négatifs

Clément Viktorovitch, François Bayrou, déjà la cata ?

François Bayrou : on s’en fout de qui il est, à juger sur ses décisions.

Elu local qui fait son déplacement en jet : maire de Pau alors que son devoir l’appelle à Mayotte (l’art de passer à côté de la réalité, art des politiques). Bidonvilles à Mayotte (pas à Pau). Com politique : pas le fort des politiques.

Qui prendra les décisions ? Bayrou (mais c’est Macron qui fait le déplacement, il n’a que ça à faire)

Bayrou : un dinosaure (déjà à côté de la plaque il y a vingt ans).

Émotions nécessaires pour prendre conscience de ce qui se passe loin de nous : une photo a suffi pour qu’on arrête de s’en ficher (pendant 6 mois).

Pas se rendre à Mayotte = autres décisions s’il s’y était rendu ; pas qu’une question de symbole, question de décision : faute politique profonde de ne pas y être allé (être informé = être allé voir)

Bayrou, en Suisse, serait comme un poisson dans l’eau. Il ne risquerait pas la censure et personne ne voyage en jet à travers la Suisse. Quand Alain Berset prend l’avion, il le pilote lui-même, et plus on est au centre, plus on est mou, plus on cherche le compromis, plus on devient papable pour le Conseil fédéral, même si personne, au Centre, ne semble plus avoir envie de gouverner. Quant à aller voir sur place pour se rendre compte des dégâts et prendre ainsi de meilleures décisions, il semble que même Trump en soit capable. Le problème, c’est que Mayotte, ce n’est pas Los Angeles, où ce ne sont pas des bidonvilles qui ont pris feu. Il est toujours plus facile de sauver les riches que les pauvres (en Suisse comme en France comme en Californie).

Françoise Sagan s’entretient avec André Halimi 1/5

Elle ne se promène pas dans le jardin, sauf pour aller voir un match de pétanque.

Dans les pièces (Duras, Pinget), il y a des dialogues de vieux. En vrai, les conversations sans génie ; ils parlent de leurs chaussures.

L’hiver, c’est beaucoup moins gai (étrange conversation).

Les gens viennent là parce qu’ils aiment ce banc parce qu’il n’est pas payant.

Françoise Sagan a écrit 8 romans ou 9 ; ils ne sont pas d’accord. D’autres ? Elle espère (en vrai, combien ? 21, selon Wikipédia) (l’entretien date de 1973, environ, peut-être) (j’ai lu 2 romans de Sagan, le premier et le dixième, celui qu’elle écrivait à ce moment-là).

On lui pose toujours les mêmes questions. Elle pourrait enregistrer les réponses sur des mini-cassettes (on disait comme ça en 1973, environ, peut-être).

Ils parlent des questions que les autres posent. Elle pose des questions au journalisme. Des bleus à l’âme, sincérité (on en a marre, de la sincérité), pas de grosses voitures, de whisky, simplement le fait qu’elle parle directement de ce qu’elle pense. Critique étonnée ? « Un truc un peu sadique de ma part. » Un jet, son écriture, pas très travailleuse.

Elle plaint les critiques qui passent à côté des bons livres et aiment les mauvais. Ils ont des a priori négatifs.

Moi aussi, j’ai un a priori négatif sur Françoise Sagan. Pourquoi ? Ce que j’ai lu d’elle ne m’a pas déplu mais il me semble que cela reste planté dans une époque, la sienne, les trente qu’on prétend glorieuses, et que certes on y perçoit l’époque, on la touche du doigt, mais peut-être justement est-ce une époque qui aujourd’hui nous gène aux entournures. Sagan, c’est (en apparence) l’écrivain qui réussit, la femme qui s’émancipe sans penser à émanciper les autres, la femme qui parle saccadé sous l’effet d’on devine quelle substance et le personnage public vient saturer ses livres d’attentes vagues qui sont déçues par une réalité loin du mythe (même si le mythe Sagan, on peine à le formuler), mais peut-être que je passe moi aussi à côté des bons livres.

Notes d’écoute : Écrire et chanter la mort

La conversation littéraire : Écrire sur la mort, entretien avec le romancier Josef Winckler et l’historien Johann Chapoutot

Globocnik envoyé à Trieste pour s’occuper de lutte anti-partisane. Le manager de la mort (HSSPF) (cacher l’horreur sous l’acronyme). L’œuvre de Globocnik : des champs d’épandage d’ossements broyés. Même pour les nazis, Globocnik est un criminel : travail de bureau, travail de génocide, antiterrorisme. 1904 : génération de l’absolu à loi du sang. Suicide de Globocnik : reconnu, pilule de cyanure (comme Himmler). Danse macabre (le livre de Winckler d’après Chapoutot) (noter le titre : Le champ)

Bernard Banoun, traducteur : littérature = forme de mémoire (histoire parallèle à faire sortir le non-dit (importante en Autriche)) ; ouverture vers le continent perdu : l’Est (celui des juifs, le yiddish) (enfouie sous terre, leur mémoire) ; langue de Winckler, travaillée par la mort ; titre : le champ et non le camp (titre allemand très long) (une expression avec violon pour dire « casse-toi père ou dans mon cœur inscrit la mort »)

L’effondrement met un terme au nazisme ? Que devient le nazisme après 1945 : Oôssements radioactifs, hommes brisés et brisants, fascisme dont l’Autriche ne s’est pas purgée, inspiration catholique enterrée au plus près des reliques noires. On n’en est pas sorti, de cette histoire-là, les continuités l’emportent sur les ruptures. Le catholicisme ne préserve de rien du tout : judaïsme rebouillé pour les nazis mais les principaux nazis ont une socialisation catholique (nombreux points de contact, chrétiens = idiots utiles (actions de grâce pour le succès de la Croisade contre le bolchévisme), exfiltration des pires ordures par le chemin des monastères.

Sans cesse s’y confronter, s’y brûler, s’y dégoûter, à cette histoire-là, ne jamais l’oublier parce qu’elle revient, elle peut revenir (l’extrême-droite en Autriche, de retour, dans l’indifférence générale) et à chaque fois la même sidération. La littérature peut-elle quelque chose face à cela ? Je n’ai pas lu le livre dont il est question mais il y en a eu d’autres. Les lire empêche-t-il quoi que ce soit d’advenir ? Peut-être pas, mais cela redonne leur dignité à celles et à ceux qui sont morts, cela crache à la gueule des salauds, et surtout cela nous rappelle qui nous sommes, nous les hommes, de quelle boue nous sommes sortis, dans quelles tranchées nous pouvons retomber.

Léo Ferré au théâtre des Champs-Elysées (CD2)

Je te donne : (JJG défoncé) « des chagrins brodés main pour t’enchaîner à moi », « ces serments de la nuit qui peuplent nous aveux », « ces ailes cassées chaque fois qu’on s’envole » (il donne, je donne, que reçoit-il ? que reçois-je ?)

La mort des amants : (Baudelaire) L’amour sans la mort… (le cd saute, trop écouté), Baudelaire brisé, comme les amants morts (les mots perdus), Nos deux cœurs seront deux vastes flambeaux (on n’entend plus que ce vers), comme si la mort l’emportait (et bien sûr qu’elle l’emporte), Les miroirs ternis et… (vers brisé comme Apollinaire) (les flammes mortes ?)

Le Tango Nicaragua : sombre tango, rien de la samba (toujours le cd rayé), kalachnikov, un mec qui coupe les mains des prisonniers (Cuba) (et il vend des cigares)

Allende : « Quand les bêtes sauront qu’on les met dans des plats. »

Ferré, à la fois daté et rafraichissant. Il fut un temps où les chanteurs, c’était ça, se dit-on. Il fut un temps où les chanteurs s’engageaient et où ils chantaient Baudelaire. Il fut un temps où l’on pensait qu’on pouvait rêver Allende malgré l’Amérique triomphante (ce n’était pas encore Trump mais ça tuait déjà). Ferré, on rêverait que ce ne soit pas daté.

Notes d’écoute : géopolitique et géopoétique

L’Iran à l’heure de l’incertitude, les mardis de l’IRIS (17.12.24)

Israël bombarde l’Iran ? Trump et ses sbires très anti-iraniens mais pas opposés à des discussions avec l’Iran (leur envoie Musk)

Revirement ? Ça ne paraît pas très rationnel (c’est Trump), torpille l’accord mais déplore que l’Iran n’ait pas l’arme nucléaire.

Rapprochement avec l’Arabie Saoudite ? Trump (on revient toujours à lui) a réfléchi et peut utiliser une stratégie de négociation.

Contestation intérieure ? « On n’en peut plus de la République islamique. » 20% soutiennent le pouvoir. Refus de porter le voile partout en Iran : comment faire face à soi ? Ils ne sont pas à l’aise… (mais continuent à sévir).

La crise interne affaiblit la sécurité du pays.

Femmes très éduquées que leur formation conduit à se révolter contre le régime (les Talibans, eux, ont compris : pas d’éducation pour les femmes).

Géopolitique à petite dose tant l’état du monde effraie. Il faut néanmoins s’y confronter : l’Iran est un enfer pour les femmes mais elles luttent. Le pouvoir est-il sur le point de s’effondrer, comme en Syrie ? Ma dose de géopolitique est trop infime pour répondre et l’effondrement des mollahs, s’il est éminemment souhaitable, risque de déstabiliser encore plus une région qui vacille de partout. La guerre, unique horizon possible ? On le craint et ce n’est pas Trump qui rassure. Bref, la géopolitique, si je la prends une petite dose à la fois, c’est qu’elle ouvre à un monde de terreur dont on sent bien qu’il advient. Un espoir ? Les femmes.  

#LVME #05 | vue extérieure, le paradoxe Perec

Je n’écrirai pas mais j’écoute : 69 occurrences du mot photographie dans La vie mode d’emploi (il les passe en revue), intuition : les intérieurs, jusque-là, mais sans vision générale.

Ne pas entrer soi dans une description, sinon on est foutu (sauf Balzac).

Se servir de l’idée de photographie d’extérieur : pas dans LVME mais dans Un cabinet d’amateur, diffraction permanente

Cabinet de curiosités, centaine de tableaux, on peut lire ce qu’il y a sur les tableaux représentés sur un tableau

Une seule occurrence de photographie, 130 occurrences du mot tableau

Fragments de réalité (en trouve peu)

Ekphrasis : comment Perec s’y prend pour représenter des lieux

Paysage : on y arrive, à ce qu’on cherche (paysage à manivelle) (tambour sur lequel s’enroulait la toile peinte) (fonction panorama du téléphone) (Perec : en avance, toujours)

Et pourtant j’écris. Même si ces notes donnent un aperçu fort décousu de la consigne (le mot est à bannir), de la proposition d’écriture, elles donnent envie d’aller y voir de plus près, de les retrouver, ces photographies, de les peindre, ces tableaux, ces extérieurs mis en boîte, l’infinité des paysages qu’on photographie à heure double, même si trop souvent ce sont des paysages intérieurs. Constituer son propre cabinet de curiosités, mais de curiosités volées à ce monde si fragile, si mouvant, si dangereux qui sans cesse s’approche puis s’éloigne. Construire sa géopolitique personnelle, qu’on appellerait géopoétique.

Notes d’écoute : Léo le fou

Léo Ferré, CD Avec le temps (disque 2)

Les anarchistes : pourquoi sont-ils espagnols ? allez savoir… Drapeau noir en berne sur l’espoir, l’utopie anarchiste est si belle mais si fragile. Lui y croyait.

Les étrangers : qui sont-ils ? cette musique entêtante, pour commencer, puis ta voile aux seins gonflés (j’aimais déjà les étrangères, chantait-il aussi, quand j’étais petit enfant). En avril 68, Lochu (qu’est-ce qu’il raconte ?), dans les rues de Lorient ou de Brest (puis il y a eu mai). Et la marée qui va et vient, les bateaux comme les filles (je ne sais pas naviguer), ces cordes si tendues, ces rues de l’emmerde, la crêperie d’à côté, des tonnes de sentiment (s’en délester), de la pop music (qui dit encore cela ?), ma maman m’a cousu une gueule de chimpanzé (Léo vivait avec Pépée), ça vous faisait un silence à vous mourir d’envie.

L’an 10’000, Lochu ? (imaginer l’an 10’000) (que restera-t-il ? tu te rappelles ?)

Une mélodie qui s’achève.

La mémoire et la mer : adorer une chanson sans y comprendre rien, celle-ci, aux doigtes du sable de la terre.

Des fulgurances :

  • Cette bave des chevaux ras à ras des rocs
  • Mes désirs : un chagrin de ma solitude
  • Le milieu mouillé de mousse
  • Géométrisant mon âme
  • Dans le désordre de ton cul… un vitrail de plus
  • Les coquillages figurants
  • L’Espagne livide
  • Leur castagnette figure
  • Une mathématique bleue
  • Cette mémoire des étoiles
  • Ces mains ruminantes qui meuglent
  • C’est fini, la mer, c’est fini…

(C’est si beau à gueuler sous la douche)

Le chien : encore des mots-mondes, argotiques joyaux, spécialiste du chcoumoune, une Craven A, la fleur de mon désespoir en allé, pauvre mec, mon pauvre Pierrot.

Ça s’énerve : le droit, la loi, la foi… (il faudrait s’en débarrasser, Dieu avec l’eau du bain).

La démesure, le sans-limite, la grandiloquence, l’ambition, voilà ce que j’aime chez Ferré, qui ne fait jamais rien à moitié et qui fait tout à double, à triple, à tripes. Des comme ça, aujourd’hui, on peut chercher longtemps.

Notes d’écoute : L’universel et Delerm

Antoine Lilti, L’universalisme des lumières, cours 6

Max Weber : les juifs sont des parias, peuple paria à degré suprême de la religiosité

Hannah Arendt : reprend Max Weber, acceptation de la marginalité à utopie

La figure du paria fait ressortir les ambivalences de l’universalisme :

  • Sécession assumée ?
  • Rébellion ?
  • Question de l’émancipation des groupes discriminés (jeter l’universalisme avec l’eau du bain)
  • Revendication d’une destinée propre du groupe paria

Bernardin de Saint-Pierre à l’origine de la réflexion, l’infamie des parias pour les Indiens (et des nègres, le mot est dit, même si l’histoire force à dire des horreurs, mais n-word, c’est terriblement faux-cul)

Bernardin s’oppose à l’esclavage (ça semble aller de soi, mais non)

Retour critique (européen) sur sa propre culpabilité, mais par le spectacle de l’horreur, le sentiment (Paul et Virginie n’est pas qu’une bluette, c’est une dénonciation du colonialisme) (et ce n’est pas le seul : Condorcet, par exemple).

Reprendre ses notes pour en renouer les fils, travail d’étudiant que je ne maîtrise plus, surtout quand on a cessé de prendre des notes après cinq minutes. Que retenir de ce propos ? Que la notion d’universalisme est complexe, qu’elle n’a pas de définition unique et que c’est en observant, à l’époque des Lumières et à la nôtre, comment sont traitées les minorités qu’on peut en saisir les enjeux, à travers la figure du paria (qui devient celle du juif, celle de l’esclave, celle – il y viendra plus loin – de la femme). Cette réflexion est à prendre avec la plus grande des prudences, les anathèmes fusant très vite, contre l’universalisme qui ne serait qu’une forme de domination coloniale cachée sous des voiles humanistes ou contre le soi-disant wokisme (Elon Musk allant jusqu’à dénoncer, ce c-word (ce con, il faut appeler un chat un chat), l’Encyclopédie (l’héritière de Diderot et D’Alembert) Wokipedia) qui au nom de divers communautarismes bornés seraient les ennemis de l’universel. Bref, tout n’est pas si simple, et c’est précisément cela que permet la pensée des Lumières, éclairer la complexité du monde et des discours sur le monde. Quant à relire Paul et Virginie, je ne suis pas encore prêt.

CD Vincent Delerm, Kensington Square

Deutsche Grammophon : Alessandro Scarlatti pour corriger des copies (quoi de surprenant ?). Je suis un mec Deutsche Grammophon. Le souvenir émouvant de ce premier mouvement (une fille Harmonia Mundi) (une fille qui ne fréquente pas Disneyland, le rêve) (le pire, c’est que j’en connais) (une fille Jean-Xavier Lefèvre) Je ne repense à elle… Du Henri Dutilleux quand elle relit… Bourdieu (soudain érotique)

Gare de Milan :

  • Des rues de Paris (Boulevard Voltaire, c’est où exactement ?)
  • Toujours des premiers soirs dans des appartements, des halls de gare, des cafés, la chambre 23
  • « Nos yeux différents regardent à travers une empreinte effacée déjà » (la musique si mélancolique prend le dessus, le chant se tait, il est dans la lune, repense à… à qui au juste ? à quoi ?) (et moi, je pense à qui, à quoi, au juste ?) (des prénoms en suspension… des premiers soirs en sursis) (des verres de Grimbergen) (ardet nec consumitur)

Delerm le bobo, tellement mieux le fils que le père, parce qu’il est des légèretés que la chanson supporte et qui enfermées dans des livres les font tomber des mains. La musique classique, que j’ai tant arpentée, rend la première chanson étrange à mes oreilles, comme si j’étais moi-même la fille de la chanson, ces noms, Alessandro Scarlatti, Henri Dutilleux, Francis Poulenc, m’étant plus familiers que les groupes de rock évoqués, même si je n’en suis pas encore à relire Bourdieu (lu une fois, certains livres, avec difficulté) et que le tas de copie m’attend, juste à côté mais pour demain, avec cette question : « Faut-il toujours être un spécialiste pour apprécier et porter un jugement sur quelque chose ? ». Quant à la gare de Milan, je ne la connais pas. Et le boulevard Voltaire, c’est dans le onzième arrondissement de Paris et c’est là que la gauche défile quand elle n’est pas contente (et la gauche n’est jamais contente) (elle a raison de ne pas l’être) (mais on s’éloigne de l’ambiance nostalgique de la chanson).

Cd Vincent Delerm, Quinze chansons

Tous les acteurs s’appellent Terence : chanson pour cinéphile (pas pour moi). Toutes les actrices s’appellent Betty. Quarante ans après. Toujours la même chanson, celle du temps qui passe, « le whisky et les comprimés », « ultraviolet botox », l’envers du décor, « une vie entièrement consacrée à l’anecdote du canapé », la voix d’une actrice (Betty comment ?)

Allan et Louise : Un homme une femme ; ils s’étaient revus quelques fois ; toujours la même histoire, encore.

  • Comment se fait-il que nous …
  • … rencontré quelqu’un … c’est tout ce qu’il fallait pour moi …

Revoir celles de ce temps-là, non, décidément, ne pas se laisser avoir :

  • À cet instant, elle m’aimait, moi … (trop tard) (une petite mélodie entêtante, embêtante)

Je pense à toi : (c’est vrai, mais le toi n’est pas très sûr) Hier soir j’ai trouvé ça bien… Je n’irai pas dans les musées : le tout début d’une histoire est meilleur qu’un vieux Godard (à bout de souffle, il est, ou fou, le Pierrot)

(des noms de groupes qui me sont inconnus) bateau-moucher, jolie invention verbale, mais les débuts d’une histoire se laissent désirer (ça laisse à désirer, c’est comme ça qu’on dit ?)

Martin Parr : Est-ce que c’est le nom de quelqu’un qui existe pour de vrai ?

Casino désert… cheveux bleus grand-mère… (des mots qui se suivent)

Les cœurs des volleyeuses bat plus fort pour les volleyeurs : (tout est dit)

Chez Vincent Delerm, les noms propres parfois me submergent. Il étale un peu sa culture (sans doute sans le faire exprès, parce que c’est la culture de son milieu, parisien, branché, un monde de fils d’écrivains et de chanteurs sans voix). Rattrapons-nous un peu : Betty White, Betty Buckley, Betty Ross Clarke, Betty Field, Betty Lynn (je les aurai oubliées dans cinq minutes). Quant à Allan et Louise, on comprend, à la fin de la chanson que cela se passe le 11 septembre 2001, et ce que l’on prenait pour une banale chanson d’amour perdu devient tragédie. Et Godard, tu connais ? Certes, je ne suis pas tout à fait inculte, mais les deux films que je cite sont les seuls que j’ai vus (et le mépris ? oui, aussi le mépris). Et Martin Parr ? C’est un photographe et en effet ice-cream, balnéaire, plastique, caissière (ces mots entendus deviennent images vues) (quelqu’un s’est amusé à faire un montage, tout pourri) (quelque chose d’à la fois banal et tragique, encore, dans ces photos du quotidien). Quant au cœur des clarinettistes, est-il semblable au cœur des volleyeuses ?

Antoine Lilti, L’universalisme des lumières, cours 7

Résumé des épisodes précédents :

  • Universalisme des Lumières = fiction historiographique
  • Pas de définition consensuelle de l’universel
  • Morale de l’universel :
    • Église
    • Pouvoir absolu

à ont perdu leur monopole

Cosmopolitisme (Bayle, Lessing, Kant)

Civilisation (accès différencié à l’état de civilité, Voltaire, Condorcet)

Critique (de la domination) à dignité de tout être humain

≠ courant de pensée

  • Répertoire d’arguments, métaphores, langages de l’universel

« Je ne crois pas qu’il y ait de bon ou de mauvais universalisme » (tous sont mauvais) (tous sont bons)

Passons aux choses sérieuses : texte fondateur, Déclaration des droits de l’Homme et du Citoyen, 1789 à ça claque (dit Lilti)

  • La France a donné au monde entier la formule universelle de la modernité politique.

On voit bien, dans ces quelques notes, que le problème de l’universel, c’est qu’il est français (selon les Français), et que s’il est français il ne peut pas être totalement universel et même pire, il contient en lui les germes de la colonisation et justifie tous les abus commis en son nom. Faut-il à cause de cela renoncer à l’universel ? D’aucuns sont tentés mais renoncer à l’universel revient à renoncer à l’idéal des droits de l’Homme et à l’égalité entre les humains et peut donc justifier également les actes les plus épouvantables. Antoine Lilti propose (et je crois que c’est la seule position tenable même si cela tient de l’équilibrisme) de penser non pas un universalisme mais plusieurs, et de les faire dialoguer, car s’il est une pratique à retenir des Lumières, c’est bien celle-ci, le dialogue, l’écoute de l’autre qui n’empêche pas qu’on s’exprime aussi soi-même.

Notes d’écoute : chansons

Jacques Brel, Infiniment (disque 1)

Les vieux : « Le petit chat est mort » (Molière tragique) tout habillé de raide (un mot pour les vieux) (la pendule d’argent)

La fin : l’autre reste là. Brel n’épargne personne.

Aujourd’hui : les aînés, les seniors, le troisième, le quatrième, le grand âge (comme s’ils ne mourraient pas, comme si nous non plus)

La chanson de Jacky : chanter jusqu’au bout, malgré le ridicule. Et ce mot, découvert par cette chanson : soûlographie. Et ces lieux : Knokke-le-Zoute, Macao, le Paradis (ça fait très pince-fesse, comme toponyme).

Point commun : vieillir, finir, tomber (le naufrage du général de Gaulle). Brel pourtant indissociable de l’adolescence, la mienne, la sienne, quand je me prenais moi aussi pour Jacky. Qu’en est-il resté ? L’aversion pour l’euphémisme, la périphrase, la litote. Toujours appeler un chat un chat et dire que le chat est mort quand le chat est mort, écrabouillé par une bagnole, crevé, clamsé, zigouillé par le grand-père qui les noyait à coups de bâton à l’époque où ça se faisait ; mais le grand-père est mort, le père aussi. Chanter encore ? L’autre grand-père a chanté toute sa vie et n’a jamais eu peur du ridicule.

YouTube Music

L’algorithme m’emmène au Québec. Une certaine Edith Butler veut partir dormir dans le Baillou (comment ça s’écrit ?). Une sorte de Compagnie créole du nord. Je peine à piger les paroles. « Party pour danser » (c’est peut-être un autre endroit, mais il y a des crocodiles et un certain Emilio Thibaudeau, et il fait bon, il fait chaud, il y a des violons et ça se répète beaucoup. Qu’est-ce que je fous là ?

Puis une certaine Marie Henchoz chante « Le rock des casseroles », un truc pour gamins, « dans les cuisines ça se débine », « va y avoir du rififi » (le pire, c’est qu’il me semble bien l’avoir déjà entendue, cette chanson), « le pot à lait n’a qu’un souhait, danser avec le fouet » (ça devient sado-maso) (il est temps que ça s’arrête).

Puis « Le petit renne au nez rouge » (vraiment : qu’est-ce que je fous là ?) (Renée Martel, vous connaissez ?) (l’ambiance de Noël, j’avoue que ça me gave, surtout quand ça tourne au mièvre) (je déprime à Noël, vieux réflexe de célibataire face à la toute-puissance des familles).

Puis : Ginette Reno, « J’ai vu maman » (autre regret à Noël : ne pas avoir été fichu de pondre des mômes) (qui a embrassé le père Noël sous le gui ?) (je n’écoutais plus) (si même le père Noël s’y met…) (c’est maman, dans la chanson, qu’il a embrassée, mais moi, à Noël, qui m’embrasse ?) (non, vraiment, les chansons de Noël, ça me déprime) (la magie de Noël tourne à la magie noire)

Et voilà que Pierre Lalonde y va de son medley de Noël. Je ferais mieux d’écouter son cousin, Bruno Lalonde (un vrai désespéré comme on les aime).

Mais Bruno Lalonde n’est pas désespéré, il regarde le monde avec lucidité, à travers les livres. Ce sont les autres qui sont désespérants. La fausse joie de vivre, la lumière fabriquée, la fête forcée, voilà ce qui fout le cafard. Et l’algorithme, quelle est sa responsabilité dans tout ça ? Je plante un truc presque au hasard et il retombe toujours sur les mêmes sciures (là, au moins, il m’emmène ailleurs, même si ça reste des sciures). La magie de Noël est passée, voilà les soldes. Est-ce qu’on trouve, aux puces, chez Emmaüs, dans des vide-greniers (la mode semble passée), des disques vinyle d’Edith Butler, de Marie Henchoz, de Renée Martel, de Ginette Reno et de Pierre Lalonde ? Bruno Lalonde, lui, s’empare des bibliothèques, trésor plus exigeant.

CD Les plus belles chansons de Robert Charlebois

Le Québec, c’était il y a plus de vingt ans.

Lindberg ! : des hélices (hélas), Sophie (j’avais baptisé ainsi mon fusil) (elle était au Québec, Sophie) (mais c’était un autre nom en ce temps, dans l’avion retour), partir, partir (la compagnie d’aviation, je ne sais plus), des pigeons (c’était moi le pigeon, à l’époque), ch’sais pu où chu rendu / et moi suis rendu à dos de chameau (pantoute, c’est ça qu’elle dit, la voix de femme ?), dans mon lit avec mon meilleur ami et surtout mon pot de biscuits (ça se termine toujours ainsi).

J’t’aime comme un fou : chanson pour courir, genre Forrest Gump ; … mais tu t’en fous … pour que tu me trouves plus beau … j’ai perdu vingt kilos (le pire, c’est que c’est vrai) (et qu’elle s’en fout, ça aussi, c’est vrai) (mais ma vie a-t-elle pour autant pris de la plus-value ?) … à une séance d’aérobic (apérobic, plutôt) et le saxo derrière, c’est lui qui les chope, les filles, pas le chanteur, et le saxo derrière, il n’a pas besoin de courir, c’est elles qui lui courent après).

Le chanteur, c’était moi, en ce temps-là, un gars ben ordinaire, qui des fois n’a plus le goût de rien faire. On m’avait donné le solo du medley (pas celui de Noël, celui de Robert), j’étais au centre de l’attention, au début (parce qu’ensuite justement il y avait Lindberg et que les aviateurs c’est comme les saxophonistes, ça fait mouiller les filles (je pensais ainsi à l’époque, mal dans ma peau, avant que je me mette à courir) et qu’on a beau leur hurler des déclarations enflammées, ça finit toujours par l’avion qui s’écrase). Charlebois, j’aime encore, parce qu’écorché ironique, naïf et narquois (cette chanson surtout : Je veux de l’amour).