CD Fredericks, Goldman ans Jones, Pluriels 90/96
Un cd madeleine (plus réécouté depuis si longtemps) (retour en adolescence)
Tu manques : (oubliée, celle-là, pas la précédente) (intro qui sent tranquillement son Goldman, tristement tendre, légère, puis sa voix, presque cassée) coule la pluie, cheveux et veste (l’ordinaire mais sans toi) tu me manques pas à pas (oui, retour en adolescence) (simplicité profonde du sentiment) prendre un taxi, tourner les pages … faire et puis refaire ses bagages … comment allez-vous ? à demain … le pire est au bout de l’absence ; je suis plus vivant que je crois (j’ai dû pleurer, en l’écoutant, cette chanson, mais je ne m’en souviens plus) (on ne prend des notes que de soi, quoi qu’on écoute) la lune est pleine … est-elle vide aussi parfois ? … tu manques, si tu savais (le problème, c’est qu’elle n’en a jamais rien su).
Juste après : (mais après quoi ?) (on devine) (longue intro) elle a éteint la lumière … se balader, prendre l’air … son univers (rapetissé à l’infini, l’univers) … une cigarette … (mais après quoi ?) (je ne suis pas sûr d’avoir deviné) (une guitare électrique) … après ça … elle est sûrement retournée le regarder respirer … (qui ?) … qu’est-ce qu’on peut bien faire après ça ? (on ne saura pas).
Des vies : avocat, notaire, une vie (pas tout à fait), sanglots, feux, désirs ; peu, si peu à choisir ; chanteur de rap, dealer, enfant de la rue (pas mieux, pas pire, ces vies-là) … que reste-t-il à écrire (solo de guitare, il sera musicien, ce serait mieux) (ou pire) (il ne reste presque rien à écrire, presque) (écrire le presque rien) (peu, si peu) (se contenter du solo de guitare).
Fermer les yeux : (voix d’enfants) (pour les voir : fermer les yeux) et puis cette ombre au fond de l’ombre … oublie jusqu’à demain … le corps à l’abandon … vague regard au ciel … (on n’y voit goutte).
Après l’adolescence, quand je me suis cru adulte, j’ai cru aussi devoir mépriser Goldman et compagnie, mais passé la quarantaine on redevient adolescent (l’enfance, ce sera pour la vieillesse) et les rêves d’adolescent on recommence à les rêver, parce qu’on se rend compte qu’il serait peut-être temps de les réaliser, que ce sera bientôt trop tard. Le tu de tu manques n’est plus le même mais le manque reste le manque. Et de ces vies ratées, la nôtre n’est pas loin (presque).
CD Juliette, Le Festin de Juliette
C’est par ce disque que je l’ai découverte, impressionné qu’on puisse encore chanter ainsi aujourd’hui (avec du texte, et de la voix)
Garçon manqué : des serpents, des aliens, elle rêve, se croit dans un jeu vidéo, pour son anniversaire un beau sabre de corsaire, adieu les sales poupées, les jupes et les jupons (et pourtant ça continue, on fabrique des petites filles mignonnes à la chaîne).
Cette affaire de genre, on n’en sort pas, sauf elle, sauf Juliette, qui s’en libère, tout à fait femme et tout à fait garçon (et pas manqué pour un sou, le garçon sous la fille).