Notes d’écoute : sur l’universalisme

Antoine Lilti, L’universalisme des lumières, cours 10

La langue de la liberté : le français ? L’universalisme est français (ce n’est pas ce que dit Antoine Lilti, mais c’est sous-entendu).

Abbé Grégoire dénonce les chimères de Cloots : république universelle = pierre philosophale. Convertir l’ensemble des peuples à la liberté (très lent…) (anthropophages des mers du Sud pas prêts) (mais n’existent pas).

Fédération des peuples : affaiblit la cohérence et l’homogénéité des peuples, arrêt de mort de la République française. Grégoire pour l’émancipation des Juifs, contre l’esclavage (les noirs font partie du genre humain). Grégoire est donc universaliste : nation = collectif unifié et homogène ; politique culturelle nécessaire à la régénération (idée chrétienne, curé éclairé proche des protestants), lié aux prêtres radicaux (Adrien Lamourette, joli nom pour un curé), Révolution française catholique.

Grégoire : figure majeure (cf. le tableau de David), conscience morale de la Révolution.

D’autres font le lien entre Révolution et purification religieuse (Desmoulins : Révolution = baptême) : tous français, tous frères ; universalisme chrétien.

Députés effrayés par les révoltes paysannes : obstacle linguistique selon Grégoire (c’est pour ça que j’avais entendu parler de lui, Grégoire fut l’un des premiers linguistes).

La France, patrie de l’universel. Problème : si tu n’es pas français, tu te sens exclu de l’universel. Et si tu es exclu de l’universel, tu n’es rien, et la France est tout. La France, c’est l’universel. D’où la colonisation. Et pourtant, il y a dans la Révolution française une générosité, une ouverture au monde qui peut-être francise l’universel mais qui aussi universalise la France. L’abbé Grégoire incarne cette incohérence. Il nous pose problème : faut-il se débarrasser de l’universel sous prétexte qu’il est français ? Certes non, il faut universaliser l’universel (quand d’autres, toujours plus nombreux, ne veulent que franciser la France).

Antoine Lilti, L’universalisme des Lumières, cours 11

Elisabeth Badinter contre les quotas de femmes : remplacement de la République par le communautarisme.

Gisèle Halimi : principe universaliste pour l’individu général ; l’homme universel est un homme blanc bourgeois. Coup d’estoc (j’ai de la peine à suivre). Principe de différenciation sexuelle est premier et échappe à toute approche communautaire.

Sylviane Agacinski : universalisme ≠ ignorer la différence sexuelle ; péché originel de 1789 : communauté politique des mâles ; scène politique ouverte (pas refermée)

1789 : point de départ d’un long processus d’émancipation ou scène originelle de la domination masculine moderne ?

Historiographie : Joan B. Landes, les femmes exclues alors qu’avant la Révolution elles s’émancipaient (thèse à succès, mais de quelles femmes parle-t-on ?)

Qu’en est-il exactement ? Droits politiques jamais envisagés pour les femmes.

Penser l’universel à partir de soi-même, peut-être est-ce cela le péché originel. Je suis un homme blanc moi aussi et donc je me prends pour modèle, ne sachant pas être quelqu’un d’autre que moi-même, d’où la nécessité de se mettre à la place de l’autre pour tenter d’approcher l’universel. Ce qui est surprenant, c’est qu’à l’époque des Lumières, on s’est mis à la place des Persans, des Tahitiens, des Amérindiens, des Chinois, des Africains, de peuplades très éloignées de nous (les hommes blancs) qu’on venait de découvrir, mais on n’a pas songé à se mettre à la place des celles avec qui nous avons toujours vécu, ces femmes sans qui nous ne transmettrions pas la vie, ces femmes qui partagent jusqu’à notre lit, ces femmes invisibles dont la grève aurait provoqué l’effondrement de la civilisation. Des progrès ont été faits mais il semble que l’on assiste à une brutale régression, les discours et les actes sexistes se réveillant en même temps que s’éteignent les Lumières, qui bien que faibles, laissaient espérer un universalisme de plus en plus (le mot aujourd’hui fait ricaner ou pire, hurler de colère) inclusif.

Notes d’écoute : L’universel et Delerm

Antoine Lilti, L’universalisme des lumières, cours 6

Max Weber : les juifs sont des parias, peuple paria à degré suprême de la religiosité

Hannah Arendt : reprend Max Weber, acceptation de la marginalité à utopie

La figure du paria fait ressortir les ambivalences de l’universalisme :

  • Sécession assumée ?
  • Rébellion ?
  • Question de l’émancipation des groupes discriminés (jeter l’universalisme avec l’eau du bain)
  • Revendication d’une destinée propre du groupe paria

Bernardin de Saint-Pierre à l’origine de la réflexion, l’infamie des parias pour les Indiens (et des nègres, le mot est dit, même si l’histoire force à dire des horreurs, mais n-word, c’est terriblement faux-cul)

Bernardin s’oppose à l’esclavage (ça semble aller de soi, mais non)

Retour critique (européen) sur sa propre culpabilité, mais par le spectacle de l’horreur, le sentiment (Paul et Virginie n’est pas qu’une bluette, c’est une dénonciation du colonialisme) (et ce n’est pas le seul : Condorcet, par exemple).

Reprendre ses notes pour en renouer les fils, travail d’étudiant que je ne maîtrise plus, surtout quand on a cessé de prendre des notes après cinq minutes. Que retenir de ce propos ? Que la notion d’universalisme est complexe, qu’elle n’a pas de définition unique et que c’est en observant, à l’époque des Lumières et à la nôtre, comment sont traitées les minorités qu’on peut en saisir les enjeux, à travers la figure du paria (qui devient celle du juif, celle de l’esclave, celle – il y viendra plus loin – de la femme). Cette réflexion est à prendre avec la plus grande des prudences, les anathèmes fusant très vite, contre l’universalisme qui ne serait qu’une forme de domination coloniale cachée sous des voiles humanistes ou contre le soi-disant wokisme (Elon Musk allant jusqu’à dénoncer, ce c-word (ce con, il faut appeler un chat un chat), l’Encyclopédie (l’héritière de Diderot et D’Alembert) Wokipedia) qui au nom de divers communautarismes bornés seraient les ennemis de l’universel. Bref, tout n’est pas si simple, et c’est précisément cela que permet la pensée des Lumières, éclairer la complexité du monde et des discours sur le monde. Quant à relire Paul et Virginie, je ne suis pas encore prêt.

CD Vincent Delerm, Kensington Square

Deutsche Grammophon : Alessandro Scarlatti pour corriger des copies (quoi de surprenant ?). Je suis un mec Deutsche Grammophon. Le souvenir émouvant de ce premier mouvement (une fille Harmonia Mundi) (une fille qui ne fréquente pas Disneyland, le rêve) (le pire, c’est que j’en connais) (une fille Jean-Xavier Lefèvre) Je ne repense à elle… Du Henri Dutilleux quand elle relit… Bourdieu (soudain érotique)

Gare de Milan :

  • Des rues de Paris (Boulevard Voltaire, c’est où exactement ?)
  • Toujours des premiers soirs dans des appartements, des halls de gare, des cafés, la chambre 23
  • « Nos yeux différents regardent à travers une empreinte effacée déjà » (la musique si mélancolique prend le dessus, le chant se tait, il est dans la lune, repense à… à qui au juste ? à quoi ?) (et moi, je pense à qui, à quoi, au juste ?) (des prénoms en suspension… des premiers soirs en sursis) (des verres de Grimbergen) (ardet nec consumitur)

Delerm le bobo, tellement mieux le fils que le père, parce qu’il est des légèretés que la chanson supporte et qui enfermées dans des livres les font tomber des mains. La musique classique, que j’ai tant arpentée, rend la première chanson étrange à mes oreilles, comme si j’étais moi-même la fille de la chanson, ces noms, Alessandro Scarlatti, Henri Dutilleux, Francis Poulenc, m’étant plus familiers que les groupes de rock évoqués, même si je n’en suis pas encore à relire Bourdieu (lu une fois, certains livres, avec difficulté) et que le tas de copie m’attend, juste à côté mais pour demain, avec cette question : « Faut-il toujours être un spécialiste pour apprécier et porter un jugement sur quelque chose ? ». Quant à la gare de Milan, je ne la connais pas. Et le boulevard Voltaire, c’est dans le onzième arrondissement de Paris et c’est là que la gauche défile quand elle n’est pas contente (et la gauche n’est jamais contente) (elle a raison de ne pas l’être) (mais on s’éloigne de l’ambiance nostalgique de la chanson).

Cd Vincent Delerm, Quinze chansons

Tous les acteurs s’appellent Terence : chanson pour cinéphile (pas pour moi). Toutes les actrices s’appellent Betty. Quarante ans après. Toujours la même chanson, celle du temps qui passe, « le whisky et les comprimés », « ultraviolet botox », l’envers du décor, « une vie entièrement consacrée à l’anecdote du canapé », la voix d’une actrice (Betty comment ?)

Allan et Louise : Un homme une femme ; ils s’étaient revus quelques fois ; toujours la même histoire, encore.

  • Comment se fait-il que nous …
  • … rencontré quelqu’un … c’est tout ce qu’il fallait pour moi …

Revoir celles de ce temps-là, non, décidément, ne pas se laisser avoir :

  • À cet instant, elle m’aimait, moi … (trop tard) (une petite mélodie entêtante, embêtante)

Je pense à toi : (c’est vrai, mais le toi n’est pas très sûr) Hier soir j’ai trouvé ça bien… Je n’irai pas dans les musées : le tout début d’une histoire est meilleur qu’un vieux Godard (à bout de souffle, il est, ou fou, le Pierrot)

(des noms de groupes qui me sont inconnus) bateau-moucher, jolie invention verbale, mais les débuts d’une histoire se laissent désirer (ça laisse à désirer, c’est comme ça qu’on dit ?)

Martin Parr : Est-ce que c’est le nom de quelqu’un qui existe pour de vrai ?

Casino désert… cheveux bleus grand-mère… (des mots qui se suivent)

Les cœurs des volleyeuses bat plus fort pour les volleyeurs : (tout est dit)

Chez Vincent Delerm, les noms propres parfois me submergent. Il étale un peu sa culture (sans doute sans le faire exprès, parce que c’est la culture de son milieu, parisien, branché, un monde de fils d’écrivains et de chanteurs sans voix). Rattrapons-nous un peu : Betty White, Betty Buckley, Betty Ross Clarke, Betty Field, Betty Lynn (je les aurai oubliées dans cinq minutes). Quant à Allan et Louise, on comprend, à la fin de la chanson que cela se passe le 11 septembre 2001, et ce que l’on prenait pour une banale chanson d’amour perdu devient tragédie. Et Godard, tu connais ? Certes, je ne suis pas tout à fait inculte, mais les deux films que je cite sont les seuls que j’ai vus (et le mépris ? oui, aussi le mépris). Et Martin Parr ? C’est un photographe et en effet ice-cream, balnéaire, plastique, caissière (ces mots entendus deviennent images vues) (quelqu’un s’est amusé à faire un montage, tout pourri) (quelque chose d’à la fois banal et tragique, encore, dans ces photos du quotidien). Quant au cœur des clarinettistes, est-il semblable au cœur des volleyeuses ?

Antoine Lilti, L’universalisme des lumières, cours 7

Résumé des épisodes précédents :

  • Universalisme des Lumières = fiction historiographique
  • Pas de définition consensuelle de l’universel
  • Morale de l’universel :
    • Église
    • Pouvoir absolu

à ont perdu leur monopole

Cosmopolitisme (Bayle, Lessing, Kant)

Civilisation (accès différencié à l’état de civilité, Voltaire, Condorcet)

Critique (de la domination) à dignité de tout être humain

≠ courant de pensée

  • Répertoire d’arguments, métaphores, langages de l’universel

« Je ne crois pas qu’il y ait de bon ou de mauvais universalisme » (tous sont mauvais) (tous sont bons)

Passons aux choses sérieuses : texte fondateur, Déclaration des droits de l’Homme et du Citoyen, 1789 à ça claque (dit Lilti)

  • La France a donné au monde entier la formule universelle de la modernité politique.

On voit bien, dans ces quelques notes, que le problème de l’universel, c’est qu’il est français (selon les Français), et que s’il est français il ne peut pas être totalement universel et même pire, il contient en lui les germes de la colonisation et justifie tous les abus commis en son nom. Faut-il à cause de cela renoncer à l’universel ? D’aucuns sont tentés mais renoncer à l’universel revient à renoncer à l’idéal des droits de l’Homme et à l’égalité entre les humains et peut donc justifier également les actes les plus épouvantables. Antoine Lilti propose (et je crois que c’est la seule position tenable même si cela tient de l’équilibrisme) de penser non pas un universalisme mais plusieurs, et de les faire dialoguer, car s’il est une pratique à retenir des Lumières, c’est bien celle-ci, le dialogue, l’écoute de l’autre qui n’empêche pas qu’on s’exprime aussi soi-même.

Notes d’écoute du 8 au 9 décembre 2024

On écoute la radio, un podcast, une conférence, une chanson, on est intéressé ou on perd le fil, ça nous donne à penser mais ça s’envole (les paroles, les écrits, le proverbe…) et on aurait aimé le tirer plus fort, ce fil, mais voilà, c’est passé, on écoute autre chose, et ça recommence : impulsion, déception. Alors, pourquoi pas jouer les étudiants en prenant des notes ? Mais attention, pas étudiant modèle, préparation d’examen, récitation, restitution, mais notes libres, notes mouvantes, notes qu’on reprend ensuite (pas plus d’une page du cahier les notes, un petit bout d’écoute, seulement celui-là, arbitraire) et qu’on relit, qu’on relie, qu’on prolonge.

Flash infos RTS (8.12.24, 17h)

Ça commence par les résultats du sport, victoire du Lausanne Sport, etc. Puis chute du régime El-Assad en Syrie. Sens des priorités ? (D’habitude je n’écoute jamais le flash info, justement parce que cela : d’abord le sport puis les dictateurs).

En trois minutes, ils doivent donner l’essentiel des informations. Ils en passent deux sur le sport, comme si les résultats sportifs étaient de l’information et non du divertissement (pascalien). Puis donc la chute de Bashar El-Assad, les rebelles ayant pris le pouvoir, et c’est tout (la réaction de je ne sais plus quel dirigeant occidental, Macron, Trump, Tartempion), rien sur qui sont ces « rebelles » (où sont Belle et Bulle ?), rien sur ce que ça change, la chute du tyran, sur l’équilibre d’une région en plein délitement, rien sur les enjeux d’un événement historique réduit à une simple tête qui tombe (même pas pour de vrai, il a fui, ce lâche). Pourquoi s’acharnent-ils encore à cet exercice du flash infos quand on sait tout des infos avant le flash (sauf que moi, la chute de Bashar, je ne savais rien, puisque l’actu, je fuis, je ne l’affronte que quand le soufflet est retombé, s’il retombe) ?

Cours d’Antoine Lilti au Collège de France : L’universalisme des Lumières (cours 4, 15 janvier 2024)

Les Lumières, quand elles s’éteignent, les repenser avec Bayle :

  • Éloge du pluralisme religieux
  • Pas de monopole de la vérité

(ça sonne si étrange à l’heure du retour des intolérances) La critique de l’intolérance conduit à l’éloge de la bigarrure, un orchestre à plusieurs voix.

Deux traditions intellectuelles :

  • Politique : tolérance = tolérer des croyances que l’on réprouve ; permission donnée au nom de la raison d’État

(interruption pour prendre la photo de 17h17)

  • Bayle : athéisme vertueux, reconnaître l’autre comme différent à politique de respect mutuel et de réciprocité

Les spécialistes cherchent l’étiquette pour Bayle (et trouvent tous des étiquettes différentes, ce qui prouve que Bayle a raison)

Cosmopolitisme de Bayle (un auteur que personne ne lit plus) (accepter les missionnaires musulmans en Europe) (pas question pour Bayle de grand remplacement) « Leurs lumières » (celles des musulmans, des Japonais, etc.) (c’est écrit au temps de Louis XIV)

Quelle place faut-il faire dans l’ordre social aux religions ? La question reste cruciale, mais Antoine Lilti suit une autre piste : l’idéal de tolérance ruine les fondements de l’universalisme chrétien mais ouvre sur le cosmopolitisme.

Le troisième sujet du flash infos, c’était la cérémonie de réouverture (je ne sais plus comment on dit) de Notre-Dame de Paris, religion et politique s’acoquinant d’une façon qui n’aurait sans doute pas plu à Pierre Bayle et que Voltaire (qui dans la suite du cours traite Paris de village et la Seine de ruisseau, dans la bouche d’un empereur de Chine qui serait tombé sur une brochure de Rousseau) aurait vilipendé avec une ironie que nos contemporains n’auraient pas comprise, parce que la tolérance et le cosmopolitisme, ça commence à bien faire, tout ce qui est de chez nous étant par définition supérieur à tout ce qui a lieu dans le reste du monde, la victoire du Lausanne Sport comptant bien plus que l’effondrement de la Syrie qui va nous submerger de réfugiés musulmans qui ne rêvent que de détruire notre civilisation si supérieure à la leur (et là, je m’arrête, parce que mon ironie est loin de celle de Voltaire, que les réseaux auraient sans doute lynché, parce que raciste, antisémite, antireligieux, et j’en passe).