Journal de lecture – 2025, semaine 35

Dans ce trente-cinquième journal de lecture de l’année 2025, je passe en revue mes lectures, dont surtout :

1:08 Alain Ayroles, Hervé Tanquerelle, Isabelle Merlet et Jérôme Alvarez, La terre verte

4:53 Salomé Saqué, Sois jeune et tais-toi, Réponse à ceux qui critiquent la jeunesse

13:27 Claro, L’échec, Comment échouer mieux

18:13 Alain Ehrenberg, La Fatigue d’être soi, Dépression et société

23:24 Gérard de Nerval, Petits châteaux de Bohème et Les nuits d’octobre, Paris – Pantin – Meaux

25:42 James Ellroy, American Tabloid et American death trip

Journal du 13 au 18 janvier 2024

Ce que j’ai lu

Deux livres empruntés à la bibliothèque, deux mondes, celui de la vie automatique chez Christian Oster, celui de la survie et de l’exil chez Eric Bulliard. Et cette idée commune : partir, changer de vie. Le narrateur de La vie automatique met le feu à sa maison, rencontre une vieille actrice, emménage chez elle, suit le fils de cette actrice jusqu’au Japon, sans qu’on sache pourquoi il fait tout cela. Les protagonistes de L’adieu à Saint-Kilda vivent loin de tout, dans une île sans arbre, survivent en capturant des oiseaux, puis le monde arrive à eux, les décime en leur refilant ses maladies, les christianise, et les pousse à s’en aller, parce que leur vie ce n’est pas une vie, et les voilà à rêver d’Australie, de Californie (l’appel de l’or, obsession chez les auteurs suisses, depuis Cendrars) (j’y ai moi aussi cédé). Le hasard d’un côté, la nécessité de l’autre. Ce sont celles et ceux de Saint-Kilda qui m’ont fasciné, pas celui qui erre un peu partout sans se sentir concerné par quoi que ce soit (à la manière des héros de Jean-Philippe Toussaint première manière, vie en salle de bain, alors qu’à Saint-Kilda, il n’y en a jamais eu, de salle de bain).

Ce que j’ai vu

Cette série, Les 100, je crois que je croche (malgré le côté ado), sans doute parce qu’il est question de la survie de l’humanité et qu’il faudra bien un de ces jours se la poser, cette question de la survie de l’humanité, et se poser aussi la question de l’échec, puisque tout semble échouer dans ce monde, cette question dont parle Claro dans son dernier livre (encore un livre qu’il faudrait lire, un de plus).

Ce que j’ai entendu

Tant de noms notés, tant d’inconnus que les algorithmes me proposent (toujours à partir de ces compositrices que je vais chercher en demandant à Clara), ces gospels à foison à partir d’un nom, Doris Akers, en lisant La vie automatique, étrange moment (qui aurait plu, je suppose, à Christian Oster), et ces podcasts où s’entremêlent divas italiennes et contes de fées, puis la mort de la reine Astrid, qui met fin brutalement aux rêves de l’enfance. Si même les reines s’aplatissent contre des poiriers…

Ce que j’ai fait

Écriture ? Phase de reprise, peut-être (une seule phrase dans Grottes mais avec l’idée de m’y remettre à l’aide de l’atelier de François Bon) (une chanson nouvelle, Les filles de la piscine, peut-être quelqu’un pour les harmoniser, ces chansons, il y en a combien, une dizaine ?) (des vidéos sur les livres lus, encore et toujours, une nouvelle musique d’ouverture pour le numéro 300, histoire de me renouveler un peu) (de la musique avant toute chose : près de trois heures de clarinette le même soir, avec un souci, c’est qu’il faudrait y passer plus de temps les autres jours, pas seulement pendant les cours et les partielles, mais on fait tant de choses, par exemple acheter La guitare pour les nuls et tourner en boucle mais pas assez longtemps trois accords et ne pas oublier le piano mais là aussi en dilettante, bref qui veut trop embrasser mal étreint).

Journal du 1er au 6 janvier 2024

Ce que j’ai lu

Lectures tous azimuts, mais n’évoquer ici que mes lectures de nuit, lectures étranges, rêvées, en suspension, lectures dont on ne sait pas trop ce qu’elles veulent, ce qu’ils veulent, les auteurs, du pauvre lecteur insomniaque, lecture de Claro, Sous d’autres formes nous reviendrons, lecture de Pascal Quignard, Le lecteur, lecture de Peter Handke, Outrage au public, lectures qui poussent à réfléchir et qui empêche en même temps le mouvement, lecture d’annihilation, de mort, de ressassement, memento mori, ne pas oublier de mourir, de mourir en tant que lecteur, de mourir en tant que spectateur, lecture qui s’efface au moment même où elle se lit, lecture qui replonge dans la rêve ou le cauchemar parce qu’on n’en sort pas, du livre, du lit, de la mort, du spectacle • annulé ; coulé très bas ; perdu corps et bien ; tombé au gouffre ; détruit comme au plus simple absorbé par son livre ? • (Pascal Quignard) (cité à la manière de Claro)

Ce que j’ai vu

La fin de Breaking Bad. Les fins de série sont toujours décevantes (pourquoi faut-il toujours qu’elles aient une fin ? est-ce que ce qui déçoit, c’est le fait que ça se termine ? est-ce que j’aurais aimé en voir plus ? non, le problème, c’est peut-être la forme série, le formatage, même quand on dit que c’est la série la plus ceci cela, ça reste une série, mais ne boudons pas notre plaisir, mine de rien on s’accroche, on est en terrain familier, on ne peut pas passer sa vie dans le vertige de l’écriture d’un Pascal Quignard, on a besoin de retomber dans le tout-venant, dans la fiction en série, la pop-culture, sans fausse honte, simplement, mais le vertige, on y revient, j’ai vu aussi ce documentaire d’Arte sur le multivers, ces savants qui affirment qu’il y a une infinité d’univers et que s’il y a une infinité d’univers, nous avons forcément des doubles dans d’autres univers et qu’il y a forcément un singe quelque part qui par hasard a écrit le Hamlet de Shakespeare ou Le lecteur de Quignard ou un dernier épisode de Breaking Bad complétement différent de celui que j’ai vu).

Ce que j’ai entendu

Beaucoup de musique (plus entendue qu’écoutée), musique de fond pour lire ou pour ne rien faire (penser en musique, mais pas vraiment penser, la musique interfère, elle endort) ; des podcasts (me gaver de culture, mais qu’est-ce qu’on retient ? de l’histoire, de la psychologie, de la poésie, le témoignage de cet ancien adepte de l’anthroposophie ou comment l’esprit humain peut être détruit par des élucubrations devenues dogmes).

Ce que j’ai fait

Guitare et chansons, difficile apprentissage, on essaie, on ne sait pas trop si ça tient la route (ces chansons, il faut que je trouve quelqu’un pour les faire avec moi, on m’a proposé un guitariste dont j’ai oublié le nom, et il y a celles et ceux avec qui pourquoi pas, mais me lancer dans le show, je repousse sans cesse) et écrire là aussi tous azimuts, ces écritures de 17h17 (depuis 2021, j’ai enregistré des sons, dix-sept minutes de sons chaque jour, puis, longtemps après, j’écris pendant dix-sept minutes avec ces sons) (depuis le dernier jour l’année passée, les sons sont devenus photos, postées sur Instagram, histoire que cela ait un sens de m’exhiber sur Instagram) (ces photos, quand l’écriture des sons s’achèvera, deviendront supports à écriture, peut-être, bien plus tard). Et une satisfaction : avoir écrit un peu ce livre des Grottes, m’être pendant quelques minutes (c’est peu mais c’est plus que ces derniers temps) perdu dans une longue phrase (trop courte encore mais l’espoir demeure de retrouver l’énergie du temps de l’écriture de Grange, livre lancé dans le multivers de l’édition, peut-être perdu dans un trou noir).

Mark Z. Danielewski : La Maison des Feuilles

Il en est des livres comme des maisons. Certain(e)s sont hanté(e)s. Ce livre-ci, hanté, il l’est assurément, mais il est bien plus que cela.

La Maison des Feuilles, roman de Mark Z. Danielewski, a été publié en 2000 puis traduit en français par Claro, dans une version en couleurs publiée en 2022 aux éditions Monsieur Toussaint Louverture.