Terrèbre, ville fascinante, où entre un certain Barthélemy Lécriveur, voilà le cadre extraordinaire du roman Le veilleur du jour de Jacques Abeille, paru en 1986 chez Flammarion et repris aux éditions Le Tripode en 2015. Il s’agit du deuxième roman du Cycle des contrées, dont le premier était Les jardins statuaires.
Étiquette : Le veilleur du jour
Journal du 17 au 21 octobre 2024
Ce que j’ai lu
Toujours Jacques Abeille, Le veilleur du jour, lecture hypnotisante, toute de volupté et de vague menace, langue merveilleusement alambiquée, errances en des lieux étranges, grandioses, familiers on ignore pourquoi. On perd parfois le fil de l’écriture funambule, mais on ne tombe jamais. On vole.
Ce que j’ai vu et entendu
J’écris sur fond baroque (Bach, violon, clavecin, musique calme, à quoi succède ce fameux menuet de Boccherini trop entendu) mais je pense aux intrigues politiques, les vraies qui font froid dans le dos, Trump déclarant, viens-je de lire, que l’attaque du Capitole était un jour d’amour, et les fictionnelles, celles de House of Cards, où la quête du pouvoir rend assassin (les électeurs de Trump peut-être croient que ce démocrate dans la série est un personnage réel comme les QAnon croient que leurs adversaires violent des enfants pour en sucer le sang) (mais Giora Feidman joue Shalom Alekhem, qui en hébreu veut dire paix sur vous) (la musique est la seule qui peut nous sauver de la politique).
Ce que j’ai fait
De la musique (jamais assez) et de l’écriture (ces photos de 17h17 dont les textes qui les accompagnent paraîtront un an après) (et le spectacle pour le centième de la fanfare qui piétine mais qu’il faut avancer).
Journal du 8 au 13 octobre 2024
Ce que j’ai lu
La langue fascinante (au sens propre, on lit halluciné, souvent poussé à la rêverie) du Veilleur du jour de Jacques Abeille : ce matin, les lettres se mélangeaient devant mes yeux quand se fondait une ville au sortir de mon sommeil, ville au cœur de laquelle un homme veille, une étudiante écoute, une foule passe sans savoir les mystères cachés derrière ces murs que les mots érigent. Je suis de cette foule.
Ce que j’ai vu et entendu
Tout toujours est politique, haute et basse politique, plus souvent basse que haute, et la politique est une affaire de mots. Passent Machiavel et des politiciens machiavéliques (House of cards, la politique n’est qu’affaire de pouvoir qu’on cherche à obtenir puis à garder par tous les moyens, le machiavélien frôlant sans cesse le machiavélique) (et les macronistes qui de leur côté s’accrochent, quitte à dire n’importe quoi, pour le plaisir des maîtres en rhétorique humoristique, qui, dans un exercice jouissif mais vain, ont beau jeu de démonter une par une les inepties proférées contre la réalité) (et Trump pendant ce temps parle et il est encore des gens, beaucoup de gens, pour l’écouter) (et les autres, les Poutine et compagnie, tuent pour rester) (Machiavel a de beaux jours devant lui).
Ce que j’ai fait
Commencement de vacances : on aimerait faire beaucoup de choses, mais demain. Aujourd’hui, c’est dimanche, on a le temps (et lundi on repoussera à mardi). L’objectif : ne pas tout garder dans mon coin, trouver des gens avec qui aller plus loin, des musiciens pour mes chansons, et relancer des éditeurs pour Grange, puisque cela fait une année de silence et que je n’ai pas tout tenté.
Journal du 2 au 7 octobre 2024
Ce que j’ai lu
Où ai-je entendu (ou lu) qu’il est bon parfois de lire avec distraction ? J’entre dans Le veilleur du jour de Jacques Abeille ainsi, sur la pointe des pieds, surpris par l’orage et par cette servante dans ce lit d’auberge, pris soudain dans une rêverie où se mêlent mes pensées du jour et mes obsessions de la nuit. Qu’ai-je lu ? Les pages se tournent toutes seules et ce n’est que bien tard qu’on apprend le nom du personnage : Barthélémy Lécriveur. Déjà un nouveau songe m’emporte. Ce cauchemar, l’autre nuit, est-ce que n’était pas uniquement le souvenir d’une page de bande dessinée ?
Ce que j’ai vu et entendu
Henry Lehman débarque à New York. Il ouvre une boutique de coton. Son frère le rejoint, puis un autre frère, la tête, la main et la patate. Les frères Lehman grandissent. Ils deviennent Lehman Brothers, bank of Alabama. Les fils des frères Lehman grandissent, ils gonflent, ils sont à deux doigts d’exploser, ils investissent dans le pétrole, le train, la télévision, les subprimes, puis c’est 2008, la faillite, la crise mondiale, le capitalisme décapité. Cette histoire, a priori, ne donne pas trop à rêver. Il y est question de gros sous, de chiffres, de chiffres et de chiffres encore auxquels personne ne comprend rien sinon que ça n’a aucun sens, mais voilà qu’un certain Stefano Massini s’en empare, écrit un livre à ce sujet, et que Thierry Romanens transforme ce livre en épopée, en délire musical, en fable, et qu’on ressort de l’histoire de ces banquiers juifs à la fois épaté, outré et léger.
Ce que j’ai fait
Je toilette mes chansons. Elles sont quinze. J’en suis presque content. Il reste à passer le témoin (mais qui en voudra ?). Je commence aussi à trouver le ton de mes nouvelles écritures de 17h17, une photo puis vingt lignes, pile vingt lignes, avec un je qui cherche à s’émanciper de moi. L’an prochain, on prendra des photos à des heures plus aléatoires.