Journal du 17 au 21 octobre 2024

Ce que j’ai lu

Toujours Jacques Abeille, Le veilleur du jour, lecture hypnotisante, toute de volupté et de vague menace, langue merveilleusement alambiquée, errances en des lieux étranges, grandioses, familiers on ignore pourquoi. On perd parfois le fil de l’écriture funambule, mais on ne tombe jamais. On vole.

Ce que j’ai vu et entendu

J’écris sur fond baroque (Bach, violon, clavecin, musique calme, à quoi succède ce fameux menuet de Boccherini trop entendu) mais je pense aux intrigues politiques, les vraies qui font froid dans le dos, Trump déclarant, viens-je de lire, que l’attaque du Capitole était un jour d’amour, et les fictionnelles, celles de House of Cards, où la quête du pouvoir rend assassin (les électeurs de Trump peut-être croient que ce démocrate dans la série est un personnage réel comme les QAnon croient que leurs adversaires violent des enfants pour en sucer le sang) (mais Giora Feidman joue Shalom Alekhem, qui en hébreu veut dire paix sur vous) (la musique est la seule qui peut nous sauver de la politique).

Ce que j’ai fait

De la musique (jamais assez) et de l’écriture (ces photos de 17h17 dont les textes qui les accompagnent paraîtront un an après) (et le spectacle pour le centième de la fanfare qui piétine mais qu’il faut avancer).

Journal du 2 au 7 octobre 2024

Ce que j’ai lu

Où ai-je entendu (ou lu) qu’il est bon parfois de lire avec distraction ? J’entre dans Le veilleur du jour de Jacques Abeille ainsi, sur la pointe des pieds, surpris par l’orage et par cette servante dans ce lit d’auberge, pris soudain dans une rêverie où se mêlent mes pensées du jour et mes obsessions de la nuit. Qu’ai-je lu ? Les pages se tournent toutes seules et ce n’est que bien tard qu’on apprend le nom du personnage : Barthélémy Lécriveur. Déjà un nouveau songe m’emporte. Ce cauchemar, l’autre nuit, est-ce que n’était pas uniquement le souvenir d’une page de bande dessinée ?

Ce que j’ai vu et entendu

Henry Lehman débarque à New York. Il ouvre une boutique de coton. Son frère le rejoint, puis un autre frère, la tête, la main et la patate. Les frères Lehman grandissent. Ils deviennent Lehman Brothers, bank of Alabama. Les fils des frères Lehman grandissent, ils gonflent, ils sont à deux doigts d’exploser, ils investissent dans le pétrole, le train, la télévision, les subprimes, puis c’est 2008, la faillite, la crise mondiale, le capitalisme décapité. Cette histoire, a priori, ne donne pas trop à rêver. Il y est question de gros sous, de chiffres, de chiffres et de chiffres encore auxquels personne ne comprend rien sinon que ça n’a aucun sens, mais voilà qu’un certain Stefano Massini s’en empare, écrit un livre à ce sujet, et que Thierry Romanens transforme ce livre en épopée, en délire musical, en fable, et qu’on ressort de l’histoire de ces banquiers juifs à la fois épaté, outré et léger.

Ce que j’ai fait

Je toilette mes chansons. Elles sont quinze. J’en suis presque content. Il reste à passer le témoin (mais qui en voudra ?). Je commence aussi à trouver le ton de mes nouvelles écritures de 17h17, une photo puis vingt lignes, pile vingt lignes, avec un je qui cherche à s’émanciper de moi. L’an prochain, on prendra des photos à des heures plus aléatoires.