Dans ce quarantième journal de lecture de l’année 2026, je passe en revue mes lectures. En plus de la vidéo ci-dessous, vous trouverez les notes prises après chaque moment de lecture, sur un fond de couleur différent pour chaque livre.
1:25 Patricia Highsmith, La rançon du chien
8:13 Bernard Droz, Evelyne Lever, Histoire de la guerre d’Algérie 1954-1962
13:20 Nathalie Sarraute, L’Usage de la parole
20:48 Paul-Louis Courier, Pamphlets politiques
24:22 Corbeyran & Bordier, Elfes 4. L’Élu des semi-Elfes
26:32 Hadrien & Ma Yi, Elfes 5. La Dynastie des Elfes noirs
28:48 Italo Calvino, Le Vicomte pourfendu
35:00 Emmanuel Carrère, Kolkhoze
Sur le fauteuil jaune, Histoire de la guerre d’Algérie, passage en revue des positions politiques en métropole : renaissance de l’extrême-droite (dont un certain J.-M. Le Pen) et confusion partout ailleurs.
Dans le train Cousset-Fribourg, La rançon du chien ; où Clarence logera-t-il ? Telle semble être l’obsession de tout le monde (et le meurtre qu’il a commis ?).
Dans le train Fribourg-Cousset, La rançon du chien, l’étau se resserre autour de Clarence et sa petite amie n’en peut plus. J’attends le drame final, qui ne peut que survenir, mais comment ? Nouveau meurtre ? Arrestation ? Suicide ?
Sur le fauteuil jaune, la guerre d’Algérie se transforme en crise institutionnelle : les gouvernements se succèdent, les militaires désobéissent, le général de Gaulle joue les divas puis, sans que personne sache vraiment ses intentions sur l’Algérie, se laisse octroyer les pleins pouvoirs tout en jurant ne pas vouloir commencer à 67 ans une carrière de dictateur…
Sur la terrasse, Histoire de la guerre d’Algérie, le général de Gaulle tergiverse ; personne ne sait ce qu’il pense ; il temporise, il dit « je vous ai compris » mais personne ne comprend ce qu’il veut dire en disant cela.
Sur le fauteuil jaune, avec Steevie Wonder, Elfes 4. L’élu des semi-Elfes, « tout a commencé par du sang », une exécution, un prophète à la tête tranchée qui annonce l’élu, un peuple esclave qui se libère, puis des légendes, des trahisons, la guerre (les semi-Elfes sont aussi humains).
Sur le fauteuil jaune, Elfes 5, La Dynastie des Elfes noirs, une histoire sombre, celle d’un Elfe bleu choisi pour devenir un assassin, un Elfe noir, maudit, cruel, sans merci, presque une bête sauvage, s’il survit (ce qui est pire que mourir).
Au lit, La rançon du chien, Clarence est chassé de chez Ed, qui se dit que loger un assassin n’est pas prudent, puis un nouvel interrogatoire a lieu. Clarence ne craque pas. Pas encore. Arrivent Ed, Marylin, d’autres témoins. La tension monte. La fin approche. Quelle fin ?
Dans le train, entre Corcelles-Sud et Palézieux-Village, La rançon du chien. Les voilà qui frappent Clarence, qu’ils appellent ses « amis » au milieu de la nuit, qu’ils font tout pour le faire avouer. Tout est raconté du point de vue de Clarence, qui est certain de ne pas craquer. Le lecteur est plus dubitatif.
Dans le train, entre Palézieux-Gare et Châtillens, terminé La rançon du chien. Ça se termine mal, bien sûr, mais de manière malgré tout surprenante (et il y a quelque chose de pourri dans la police de New York).
Dans le train, entre Châtillens et Cousset, commencé Le Vicomte pourfendu d’Italo Calvino, conte qu’on dirait voltairien teinté de fantastique : un militaire coupé en deux qui survit, son retour au pays où les poires et les champignons aussi sont coupés en deux (il le faut pour la poire, dit-on) (et pourquoi le Vicomte donne-t-il à son neveu un panier de demi-champignons vénéneux ?).
Sur la terrasse, La guerre d’Algérie s’enlise. Le général de Gaulle penche de plus en plus, sans le dire, vers l’indépendance, et les militaires poursuivent ce qu’ils appellent la pacification. Côté algérien, entre les politiques et les militaires, c’est tendu aussi, mais des deux côtés il semble, en 1959, que les politiques reprennent la main.
Sur la terrasse, Paul-Louis Courier ne veut pas payer pour qu’on installe à Chambord, tout près de chez lui, le duc de Bordeaux, un bébé qui aurait plus besoin d’une école que d’une cour que Courier dépeint comme corruptrice de la jeunesse, dépravée, fainéante, à admirer seulement à bonne distance.
Sur le fauteuil jaune, dans l’Histoire de la guerre d’Algérie, me voilà au grand tournant, celui où se pose la question de l’autodétermination, c’est-à-dire véritablement de l’indépendance et où de Gaulle doit rappeler aux militaires qu’il est leur chef.
Sur le fauteuil jaune, dans L’Usage de la parole, Nathalie Sarraute décortique « Et pourquoi pas » : « Des mots qui ont ce pouvoir de se glisser sous un argument de poids, une objection écrasante, de la soulever, de la faire voltiger, insaisissable, inconsistante, et celui qui l’a avancée, pour la rattraper se tend, s’étire, bondit… »
Sur le fauteuil jaune, cette phrase terrible, reprise par Sarraute, qui ne lui prête pas l’oreille mais la lui donne : « Si tu continues, Armand, ton père va préférer ta sœur. »
Sur le fauteuil jaune, avec Händel, L’Usage de la parole, ou quand des mots qui flottent dans l’air retiennent soudain l’attention, changent tout, le mot amour, le mot esthétique qui gâche tout ou ce « mon petit » qui nous a échappé. « Hé bien quoi, c’est un dingue. » se dit-on et Nathalie Sarraute nous prend aux mots.
Au lit, Paul-Louis Courier se retrouve au tribunal pour avoir dépeint la cour sous un mauvais jour. Comment s’en défend-il ? En écrivant que le gouvernement l’accuse « d’offense à la morale publique, pour avoir écrit un discours contre la débauche. »
Dans le train Cousset-Fribourg, Le Vicomte pourfendu : c’est la mauvaise moitié du Vicomte qui est revenue, celle qui condamne à tout va (pour le grand plaisir du charpentier en potences).
Dans le train Fribourg-Cousset, Le Vicomte pourfendu, où le narrateur joue les Candide et où le Vicomte mauvaise moitié cherche à piéger les huguenots puis tombe amoureux (et arrache donc la moitié des pétales des fleurs).
Sur le fauteuil jaune, La guerre d’Algérie s’emballe. Le général de Gaulle parle d’autodétermination et les Français d’Algérie, qui se sentent abandonnés, commencent à se préparer à l’insurrection. Quant à l’armée, elle est de plus en plus divisée.
Sur le fauteuil jaune, L’Usage de la parole, « Ne me parlez pas de ça », une expérience psychologique fictive, 2 groupes, ceux qui peuvent dire cette phrase et ceux qui ne le peuvent pas, mais pourquoi ? Petit à petit, les groupes se mélangent.
Au lit, Courier relate son procès et accuse son accusateur de ne pas savoir discourir convenablement. Le style manque et tout est dépeuplé.
Dans le train Cousset-Fribourg, Le Vicomte pourfendu, ambiance à la Tim Burton (ça donnerait quoi en film ou en dessin animé ? cela existe peut-être), amours impossibles d’un monstre et d’une bergère, balade au milieu des lépreux, tout cela raconté avec légèreté.
Dans le train Fribourg-Cousset, Le Vicomte pourfendu soudain se met à faire le bien, à soigner les malades, à aider les pauvres. Que lui arrive-t-il ? C’est que l’autre moitié, la bonne, est de retour. À quand l’affrontement des deux Vicomtes ?
Au lit, suite des Pamphlets de Courier et de son procès où le discours d’un certain Jean Broë se trouve détruit par l’auteur tant il n’a rien compris aux propos incriminés.
Sur le fauteuil jaune, La guerre d’Algérie, au début de l’année 1960 : insurrection des défenseurs de l’Algérie française (l’armée hésite à les soutenir) puis tentatives de négociations qui rapprochent toujours plus les Algériens de l’autodétermination.
Sur le fauteuil jaune, L’Usage de la parole, presque la fin, cette idée qui nous échappe dans le discours de l’autre et l’impossibilité de dire « je ne comprends pas » (on l’a tous vécu).
Sur le fauteuil jaune, L’Usage de la parole, « je ne comprends pas » (on a la tentation de dire cela quand on lit Sarraute, mais c’est plus compréhensible qu’il ça en a l’air).
Sur le fauteuil jaune, commencé Kolkhoze d’Emmanuel Carrère par l’enterrement de sa mère académicienne, la pompe républicaine, la plume de Macron, qui ne transpire jamais.
Dans le fauteuil jaune, Histoire de la guerre d’Algérie : le général de Gaulle évoque enfin l’indépendance ; colère chez les Français d’Algérie, violence aussi ; le FNL, de son côté, commence à organiser son futur gouvernement.
Au lit, dans le procès intenté à Courier, parole à la défense : on l’accuse d’attenter à la morale publique, mais personne ne définit ce qu’est la morale publique…
Sur le fauteuil jaune, Histoire de la guerre d’Algérie, « Une guerre qui s’éternise », l’économie qui s’enlise malgré un plan ambitieux, l’opinion qui se lasse, des procès qui permettent aux opposants à la guerre de se faire entendre et côté Algérie française création de l’OAS.