Journal de lecture : 2026, semaine 38

Dans ce trente-huitième journal de lecture de l’année 2026, je passe en revue mes lectures. En plus de la vidéo ci-dessous, vous trouverez les notes prises après chaque moment de lecture, sur un fond de couleur différent pour chaque livre.

0:47 Alexandre Correa, En pierre

5:52 Alix Cléo Roubaud, Journal

11:10 Patricia Highsmith, La rançon du chien

14:45 Jean-Claude Carrière, La paix

19:39 Bernard Droz, Evelyne Lever, Histoire de la guerre d’Algérie 1954-1962

22:12 Paul-Louis Courier, Pamphlets politiques

25:30 Nathalie Sarraute, L’Usage de la parole

29:08 Peru & Bileau, Elfes 3. Elfe blanc, cœur noir

Sur la terrasse, des deux dernières lettres de Courier au Censeur, pour dénoncer la censure (la dernière ne fut pas publiée) (c’est que l’ironie, ces messieurs du ventre ne l’apprécient guère) (le ventre, en politique, c’est le centre).

Au lit, Elfes, 3. Elfe blanc, cœur noir, les mépris des Elfes pour les hommes : « Les hommes ne sont pas des êtres de lumière. Ils écrivent leur vie dans les ténèbres. » Cela commence ainsi puis deux Elfes blancs pistent un dragon, blanc lui aussi, un être des temps très anciens. Mais le destin vient rattraper les Elfes s’ils font trop confiance aux hommes (on ne s’en méfie jamais assez, des hommes).

Sur le fauteuil jaune, en attendant les invités de la Bénichon, La paix, Chapitre 20, Cedant arma, soudain on tombe l’arme, un oncle est mort, on l’oublie (cette voix dehors, c’est une onde, bien vivant) (les invités commencent à arriver), joie de la paix, enfin.

Au lit, une lettre de Courier où il cherche à prouver qu’il habite à son domicile et qu’il a donc le droit de voter (les tracas administratifs ne sont pas une nouveauté).

Dans le train Cousset-Fribourg, En pierre, ou quand la vie nous rattrape (AVC, burn-out, enfance envolée).

Dans le train Fribourg-Cousset, En pierre, Salvatore vieillit et il rencontre l’enfant qu’il était (et est resté), il rencontre aussi une certaine Camille, puis une ellipse ; tout le monde est vieux désormais (et bien sûr le lecteur se sent mélancolique, ça me fait le coup à chaque fois).

Sur la terrasse, La paix, qu’ils reposent en paix, dit-on aux morts, tout en craignant les flammes de l’Enfer, une paix dont ils ne pourront jamais jouir ; et « la paix des braves », ça existe ? L’auteur raconte sa guerre d’Algérie (qu’on disait ne pas être une guerre) et cette paix dite des braves (dont on ne sait pas qui ils désignent) qui n’était pas vraiment une paix.

Sur le fauteuil jaune, La paix, impossible sans égalité et sans attention aux autres (dans les cinémas américains, on applaudit à chaque meurtre dans Le Parrain), impossible non plus sans se vaincre soi-même en comprenant que toute victoire est une défaite. Quant à la paix des étoiles, elle semble hélas elle aussi impossible.

Sur le fauteuil jaune, La paix, chez soi, à l’intérieur, qu’on me foute la paix, mais être en paix avec soi-même ne peut s’atteindre qu’après un long combat. Une guerre ?

Commencé au lit L’Usage de la parole de Nathalie Sarraute, Ich sterbe, dit Tchekhov en mourant, il dit qu’il meurt mais il ne le dit pas dans sa langue : « Ich sterbe… Vous m’entendez ? Je suis arrivé tout au bout… Je suis tout au bord… Ici où je suis est le point extrême… C’est ici qu’est le lieu. » (1980, année de l’autre bord, pour moi, année de ma naissance) (Sarraute a 80 ans). Puis « À très bientôt » quand deux amis se quittent, belle méditation sur l’amitié (ce mot, méditation, Sarraute en aurait fait quoi ?).

Terminé dans le train Cousset-Fribourg, sous les cris des enfants, En pierre, où Salvatore vieux sculpte. Le monde et lui sont reliés par ces statues, ces moaïs qui permettent au livre de se clore poétiquement (dans les bribes finales, est-il question de vie ou de mort ? peu importe, les enfants dans le train partent à l’aventure, suivons-les.)

Dans le train, entre Lutry et Cousset, La rançon du chien, le kidnapping d’un chien (dognapping ?), la police de New York s’en fiche (elle a d’autres chats à fouetter) sauf un flic, jeune, idéaliste, qui ne sait pas dans quel guêpier il met les pieds (devine-t-on).

Terminé sur la terrasse La paix, chapitre 29, « Sans fin ? » (la guerre ou la paix) (on ne la trouve jamais vraiment, la paix) (ici, sur cette terrasse, une paix rien que pour moi, loin des fracas du monde).

Sur la terrasse, le Journal d’Alix Cléo Roubaud, photos d’elle-même et de Jacques, son double dans le miroir, pensées sur la mort, sur l’amour : « Que nous soyons la chambre noire l’un de l’autre. »

Sur la terrasse, le Journal d’Alix Cléo Roubaud, on entre dans l’intimité d’une femme par les mots, les photos, le flou, les langues superposées (l’anglais, le français), on ne sait pas si on a le droit d’être là.

Sur le fauteuil jaune, le Journal ; Alix sent la mort en elle, elle écrit qu’elle mérite la mort, elle avale des médicaments, ne sait pas pourquoi elle a fait ça, trouve belle la lumière, écrit à Jacques Roubaud « À très bientôt » (comme Nathalie Sarraute, la même année, celle de ma naissance).

Sur le fauteuil jaune, le Journal d’Alix Cléo Roubaud, journal d’insomnie, d’alcool, d’amour, de photographie, de poésie (si je lis cela, c’est parce qu’elle est morte et que l’homme qu’elle aimait lui a survécu) (il est désormais mort lui aussi) (à très bientôt).

Commencé au lit L’Histoire de la guerre d’Algérie 1954-1962 de Bernard Droz et Evelyne Lever, un livre déjà ancien (1991 pour la version révisée) sur une histoire encore chaude. Cela commence par la colonisation, dont les horreurs ne sont qu’évoquées.

Dans le train Cousset-Fribourg, La rançon du chien, on entre dans l’esprit du criminel, qui prend du plaisir à faire peur à ceux qu’il croit riches.

Dans le train Fribourg-Cousset, La rançon du chien, l’enquête semble facile, le corbeau avoue du premier coup puis réclame du fric, mais mon petit doigt me dit que ça risque de déraper.

Sur le fauteuil jaune, le Journal d’Alix Cléo Roubaud, tantôt en anglais, tantôt en français, « la photographie est vraiment une forme de silence », puis le verbe penser, noter sans s’arrêter tout ce qui le suit (il y aurait ici pour moi aussi matière à écrire).

Au lit, La rançon du chien, le jeune flic n’est pas très doué, semble-t-il, et le kidnappeur de chien non plus (ce sont des amateurs tous les deux, ai-je l’impression).

Dans le train Cousset-Fribourg, aller-retour, La rançon du chien où petit à petit le malaise s’installe. Le flic a foiré. Il va voir ses parents. Sa mère lui donne l’ordre d’aller au lit. Policier, ce n’est peut-être pour lui…

Dans le train Cousset-Fribourg, La rançon du chien, où on commence à voir que la police de New Yoork n’est pas au-dessus de tout soupçon (et que les criminels le savent et en jouent) (je regarde en ce moment la série Person of Interest, où c’est bien pire) (mais le bouquin est loin d’être terminé).

Dans le train Fribourg-Cousset, La rançon du chien, Clarence (le flic) voit insidieusement à cause d’une affaire assez anodine les fondements de sa vie s’effondrer (sa copine, son boulot) (cela tombe sans coup férir mais la mécanique ne va pas s’arrêter, sans doute).

Sur le fauteuil jaune, le Journal d’Alix Cléo Roubaud, cette fragilité mise à nu, l’alcool (elle semble cesser), la photographie (elle cesse aussi) et des mots étalés sur la page qui cèdent la place au blanc.

Sur le fauteuil jaune, Alix Cléo Roubaud tente de mettre des mots et des photographies sur un mal de vivre qui s’entête. Elle passe soudain du je au elle (son double en photo ?), se trouve grosse (la photo dit le contraire), lit elle aussi Patricia Highsmith, se dit « sensible à l’extrême à ces histoires de culpabilité. »

Sur le fauteuil jaune, Alix Cléo Roubaud tente à nouveau de se suicider (« on aimerait tant qu’un suicide soit un meurtre ») puis ses photos, Si quelque chose noir où les humains sont des ombres. Elle se remet de ses malheurs mais tout autour les hommes meurent (Jean Eustache, Georges Perec).