Journal de lecture : 2026, semaine 41

Dans ce quarante-et-unième journal de lecture de l’année 2026, je passe en revue mes lectures. En plus de la vidéo ci-dessous, vous trouverez les notes prises après chaque moment de lecture, sur un fond de couleur différent pour chaque livre.

1:01 Paul-Louis Courier, Pamphlets politiques

6:11 Italo Calvino, Le Vicomte pourfendu

11:22 Bernard Droz, Evelyne Lever, Histoire de la guerre d’Algérie 1954-1962

15:04 Emmanuel Carrère, Kolkhoze

22:12 Bret Easton Ellis, American Psycho

27:44 Cédric Durand, Techno-féodalisme, Critique de l’économie numérique


Sur le fauteuil jaune, Histoire de la guerre d’Algérie, focus sur l’armée française, la torture systématique, les haut-gradés prêts à désobéir, pendant que les conscrits se fatiguent d’une guerre qu’ils ne comprennent pas, surtout l’idée de pacification par la force ; début du chapitre « Vers l’indépendance » où les négociations avancent mais où quelques généraux complotent.

Sur le fauteuil jaune, Histoire de la guerre d’Algérie, putsch des généraux qui échoue mais radicalise les Français d’Algérie qui se jettent dans les bras de l’OAS, multipliant les attentats terroristes pendant que le FLN lui aussi poursuit le combat. On commence pourtant, du côté d’Évian, à négocier sérieusement.

Sur le fauteuil jaune, Histoire de la guerre d’Algérie, après les accords d’Évian, l’OAS fait régner la terreur, les pieds noirs s’enfuient et on se bat entre Algériens. La paix ? Elle naît dans la douleur.

Sur le fauteuil jaune, avec Händel, Paul-Louis Courier tente toujours de se défendre de tout outrage à la morale publique, écrivant un discours qu’il ne prononça jamais mais qui l’innocente absolument, prouvant que c’est au nom de la morale qu’il parle et que ses accusateurs disent exactement le contraire de ce qu’il dit pour l’en accuser (Clément Viktorovitch aurait parlé de logocratie, puisque c’est l’État qui accuse et condamne Courier).

Sur le fauteuil jaune, terminé l’Histoire de la guerre d’Algérie, dont le bilan chiffré n’est pas établi mais dont l’impact a été (et est sans doute encore) considérable.

Au lit, Pétition pour des villageois que l’on empêche de danser, 1822 : Courier ne comprend pas pourquoi on s’en prend à ceux qui travaillent, à leurs traditions, pourquoi on les force à l’oisiveté. Le problème, ce sont les jeunes prêtres zélés (ceux qui ici interdisaient, un siècle plus tard, les danses de la bénichon).

Terminé dans le train Cousset-Fribourg Le Vicomte pourfendu : double demande en mariage (acceptée) puis duel à mort entre les deux moitiés qui finit comme je n’avais imaginé (le bon étant trop bon et le mauvais trop mauvais) (morale banale).

Commencé dans le train Fribourg-Cousset American psycho de Bret Easton Ellis, « ABANDONNE TOUT ESPOIR, TOI QUI PENETRE ICI », voilà dans quel enfer ça commence, un taxi new-yorkais, une musique à coin, des clochards partout, des marques de vêtement, le bruit et la fureur (on pense au New York de Dos Passos).

Sur le fauteuil jaune, Kolkhoze : l’auteur trouve dans le bureau de son père la généalogie de sa famille, qu’il commence à explorer, en commençant par la Géorgie et la vie du Victor Hugo géorgien, Niko Nikoladzé (si j’ai bien compris l’arrière-grand-père de l’auteur).

Sur le fauteuil jaune, American psycho, une étrange conversation autour d’un plat de sushis : quand les autres parlent popote, le narrateur détaille son programme pour réformer l’Amérique.

Sur le fauteuil jaune, commencé Techno-féodalisme, Critique de l’économie numérique de Cédric Durand (2020). Dans l’intro, ces questions : « qu’est-ce que le capitalisme et le numérique se font l’un à l’autre ? Comment recherche de profit et fluidité digitale interagissent-elles ? » Questions sur lesquelles on ne peut pas aujourd’hui faire l’impasse.

Sur le fauteuil jaune, avec Händel, Techno-féodalisme, chapitre 1, à propos de l’idéologie de la Silicon Valley, celle de l’innovation, de la start-up, du risque, des nouvelles technologies, d’origine libertaire et utopique mais qui depuis ont glissé à droite, de plus en plus.

Au lit, Courier répond aux lettres anonymes. On lui conseille de se taire. Il invoque la Charte, la liberté de la presse, le discours officiel de son temps : vous êtes libres, parlez, écrivez. Courier dit chiche. On le jette en prison.

Sur la terrasse, Courier fait l’éloge du duc d’Orléans (il est en avance d’un régime) (les gens en avance sur leur temps, on les met en prison).

Sur le fauteuil jaune, avec la musique d’Ig Henneman, Kolkhoze, voyage dans les archives, les ancêtres géorgiens puis russes de l’auteur (dont l’un fut page d’Ivan le Terrible) raconté avec légèreté, s’arrêtant un peu du côté de Nabokov et du poignard de l’oncle Louis Coquet.

Sur la terrasse, Courier aggrave son cas. Il s’en prend au clergé, raconte l’histoire d’un certain curé Mingrat, qui tua et dépeça une jeune fille, puis pardonne aux jeunes prêtres leurs désirs parfois assouvis pour les jeunes femmes qui à confesse leur dévoilent leur intimité. Qui est fautif ? Le pape, en imposant aux prêtres le célibat (rien n’a changé).

Sur la terrasse, Kolkhoze, la famille russe, d’une Russie d’avant, qui ne comprendra pas pourquoi tous ces Vanias (les paysans, les domestiques) qu’on traite si bien leur voudront tant de mal à la Révolution.

Sur le fauteuil jaune, sur fond de piano romantique, Techno-féodalisme, années 1990, on entre dans l’ère de l’information, où les plus innovateurs l’emporteront. Réguler ? Le marché tuera les sans-idées, la concurrence fera le sale boulot, soyons disruptifs (les autres peuvent bien crever).

Dans le train Cousset-Fribourg, American psycho, fin de soirée où un intru drague éhontément sa petite amie peu farouche puis description de l’appartement de luxe du narrateur (des marques à n’en plus finir).

Au lit, Livret de Paul-Louis, vigneron ; parmi ces notes éparses, ceci, qui n’a hélas pas pris une ride : « La police est le plus puissant de tous les moyens pour rendre un peuple vil et lâche. »

Dans le train Cousset-Fribourg, American psycho ; le narrateur détaille son rituel du matin, rasage avec mille produits (il ne veut pas vieillir), étalage des appareils ménagers qui servent à préparer son petit déjeuner, rien ne nous est épargné (il ne doit pas prendre le train à la même heure que moi).

Dans le train Fribourg-Cousset, American psycho, soirée entre mecs, déferlement de propos mysogines, racistes, homophobes, et attention portée sur les vêtements (chics) et les cartes de visite (la couleur du papier, la police d’écriture), signes de hiérarchies dont on craint en permanence d’être la base et non le sommet.

Sur le fauteuil jaune, Kolkhoze, voyage dans le temps et dans l’espace, les immigrés russes et géorgiens se rencontrent dans des hôtels miteux, on y débat de Tolstoï, de Berberova, d’un temps perdu, celui d’avant la misère.

Sur le fauteuil jaune (fond rock), Techno-féodalisme, toujours les années 1990 : l’autorégulation, marotte des gens de la Silicon Valey, devient la politique officielle des USA de Clinton : ne rien faire pour réguler, voilà le rôle de l’État (qui se dessaisit lui-même de son rôle).

Sur le fauteuil jaune, Techno-féodalisme ; nouvelle orthodoxie économique : la destruction créatrice (flexibilité, peu de fiscalité, brevets).

Sur le fauteuil jaune, Techno-féodalisme, où l’on annonce que la nouvelle orthodoxie économique repose sur des mythes et qu’elle a des effets inverses à ceux qu’elle prétend avoir.

Sur le fauteuil jaune, Techno-féodalisme, aporie de la start-up qui réussit et devient entreprise géante qui bouffe toutes les autres, retour donc du monopole (exemple emblématique : Google).

Sur le fauteuil jaune, Techno-féodalisme : et si la destruction créatrice n’était qu’une phase brève, pas une nouvelle vérité ?

Au lit, Livret de Courier, anecdotes d’un temps disparu, quelques saillies, dont celle-ci : « Le dévouement doit être toujours un peu idiot. »

Dans le train Cousset-Fribourg (aller-retour), American psycho, étalage de vulgarité et de luxe entre traders, femmes qu’on insulte, cocaïne pas assez pure et ce nom, qu’on attendait : Donald Trump.

Au lit, dans son livret, Paul-Louis Courier s’en prend à la cour et s’oppose à la guerre qu’on projette en Espagne (guerre décidée par des princes étrangers contre le peuple).

Dans le train Cousset-Fribourg, American psycho, narrateur toujours plus imbu de lui-même, superficiel, ignoble avec les femmes, et cette phrase, inquiétante : « … je n’aurai pas le temps de me masturber sur cette scène où la femme se fait perforer à mort par une perceuse électrique. »

Dans le train Fribourg-Cousset, American psycho : le narrateur semble de plus en plus horrible (la scène du nettoyage à sec est terrible : il hurle sur une vieille Chinoise qui n’arrive pas à ôter le sang des draps ; mais d’où vient-il, se demande le lecteur, tout ce sang répandu) (le New-York de Bret Easton Ellis, celui des années 1990, est tout aussi glauque, mais d’une autre façon, que celui de Patricia Highsmith dans les années 1970).

Dans le fauteuil jaune, Techno-féodalisme : socialisation de la production (travail de plus en plus collectif) + accumulation du capital = re-monopolisation.

Sur le fauteuil jaune, Kolkhoze (je dois à chaque fois prendre le bouquin pour en écrire le titre correctement) ; naissance de l’oncle Nicolas, période de la collaboration (du grand-père géorgien), querelles de famille réglées (ou pas) à coups de bouquins.

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