Notes d’écoute : ranger son bureau

Je range mon bureau °°°121°°°

Guillaume Cingal : lit beaucoup en français.

Virginia Woolf, Une esquisse du passé ; traduction chez Rivage Poche ; début de la 2GM, toute fin pour VW, texte inachevé. Première version du texte. Questions de traduction :

  1. Quand je pense… (je n’ai pas réussi à suivre) (très belle phrase en français)
  2. Elle me faisait toujours penser à ces grandes fleurs blanches… (dans un portrait de Stella, personne réelle). GC y lit VW totalement : imaginaire de VW, les mots passent au second plan.

Death of the author, Knedi Okorafor, diaspora (j’ai déjà oublié le pays : Kenya ?) aux USA ; livre très décevant (grand tapage autour du livre) ; futurisme africain ; titre originel : African futurism : abandonné pour faire référence à Barthes ; « The future of story telling is here », caution de George H.H. Martin ; Lagoon, livre important, mais celui-ci ? Extraordinairement déçu : 430 pages, trop long, tout est en excès, récit qui interroge le validisme, personnage handicapé en fauteuil devient auteur à succès ; écriture peu tenue.

J’aime écouter des gens parler de livres. Guillaume Cingal range son bureau (moi, j’ai de la peine). Il parle des livres lus, se pose des questions de traduction (c’est son métier, je crois, ou du moins l’une de ses occupations) et explore des contrées littéraires si loin des miennes qu’il est rare que nos lectures se rencontrent. De Virginia Woolf, pas d’esquisse du passé pour moi, pas même une promenade vers le phare ou au phare, je ne maîtrise pas les questions de traduction, seulement m’être perdu avec délice dans les vagues et avoir rencontrer une certaine dame qui préparait une réception pendant que Londres grouillait dans la tête des personnages. La mort de l’auteur ? Depuis longtemps ressuscités, les auteurs. Faut-il le regretter ? (Et ce n’est pas le Kenya, c’est le Nigéria).

Journal du 8 décembre 2023

Ce serait un journal, c’est-à-dire des notes prises au jour le jour et rassemblées de temps en temps. Ce serait noter tout ou sélectionner (on verra) : tout ce qui de près ou de loin touche à la culture dans ma vie (mais qu’est-ce qui ne touche pas, de près ou de loin, à la culture?). Il y aurait ce que je lis, ce que j’écoute, ce que je regarde, ce que je fais ; ce serait un retour sur fatras, tant cela s’éparpille. Est-ce que cela limitera l’éparpillement ou est-ce que cela l’amplifiera ? Essayons.

Pour ce premier jour, tout noter (rapidement s’en effrayer, cela ne ressemble à rien). Betty Mars pour se réveiller (une chanteuse oubliée, ressuscitée par un podcast, on se dit en l’écoutant, qu’il n’était pas forcément nécessaire de la ressortir des tiroirs, une chanteuse d’un autre temps que le sien et d’un plus autre temps encore que le nôtre), puis envoyer à mes amis un vers de Milène Tournier dans ce petit calendrier de l’Avent poétique du matin :

J’ai rêvé j’étais la faille entre rêve et réel, trempée dans des cristaux de sel.

Milène Tournier, Jours de crue, poèmes de quarantaine, L’autre jour, 2020.

Puis Dante, le purgatoire, à haute voix, et Cocteau, chansons parlées, la voix de Marianne Oswald, effrayante, et parler devant la caméra de Murena, l’incendie de Rome, Néron, des trafiquants de meth dans le Nouveau-Mexique (fin de la saison 4, début de la saison 5, je regarde les séries avec des années de retard), puis lire (musique de fond Willaert et Gabrieli) un peu de Chalamov (à petites doses, ces Souvenirs de la Kolyma, on a de la chance, nous qui ne sommes que lecteurs affalés dans un fauteuil en compagnie de polyphonies renaissantes) :

Le chef de brigade Koroliov était un “libéré”, un bel homme, ex-truand, il me battait tous les jours sans exiger de moi le moindre travail, il ne faisait que cogner et cogner. Puis il se fatiguait et arrêtait, passait à autre chose.

Puis le Don Quichotte (cette traduction de la vieille Pléiade, à peine remaniée depuis le dix-septième siècle, on peine un peu) et Freud (on peine aussi, on ne comprend pas trop comment il tire toutes ces interprétations , qui nous paraissent bien souvent tout à fait arbitraires) et Jean-Philippe Toussaint (montage de la vidéo sur C’est vous l’écrivain) et des articles de L’Histoire sur la terre (les Gracques, la Révolution, je crois que je vais me désabonner, l’Histoire, je sature) et une conférence d’Antoine Compagnon sur les livres que Roland Barthes n’a pas écrit, une phrase pour mettre fin à mes citations du jour (remplacées par ce truc-là, que j’essaie ; on verra), deux contributions dans le blog du Tiers Livre, un cycle sur l’enfance auquel je ne participe pas, mon enfant étant resté coincé dans sa grange, et (plus ça s’accumule plus je me dis que se gaver de culture, à quoi bon ?) cette question que posent des philosophes : pourquoi ne veut-on plus travailler ? (en retenir que ce n’est pas la bonne question, que bien sûr on veut encore travailler mais pas dans ces conditions).

Moment détente : Yann Marguet (un humoriste vraiment drôle, c’est tellement rare).

Soir : répétition à l’église pour le concert d’automne de la Concorde (on en recausera, la fatigue est trop intense, les doigts s’agitent mécaniquement sur la clarinette mais on ne sait pas trop ce que ça donne).

Puis en rentrant écrire un peu ce journal du corps où il ne s’agit pas que de mon corps (pas question d’en divulguer la moindre ligne) et m’indigner avec Blast contre la justice suisse et me demander quelle publicité pour 2050 et lire un peu Après le monde d’Antoinette Richter et Charlie Hebdo, mais il y a eu trop aujourd’hui, on a cessé de saisir quoi que ce soit depuis bien longtemps.