Adèle Van Reeth : Inconsolable

Survit-on à la mort d’un père ? Oui, mais on en reste inconsolable. Le livre d’Adèle Van Reeth, Inconsolable, publié en 2023 aux éditions Gallimard, entre fortement en écho avec la mort de mon propre père, qui comme celui de l’autrice, s’en est allé à cause d’une tumeur du cerveau.

Journal du 22 au 31 août 2024

Ce que j’ai lu

Textes d’un temps lointain en une langue oubliée, poésies renaissantes, Maurice Scève, Louise Labé, débat d’amour et de folie, objet de haute vertu, on a quitté ces mondes éthérés pour de plus terre à terre considérations. Puis texte trop proche, L’Inconsolable, Adèle van Reeth, un père meurt à petit feu d’une tumeur au cerveau. Ce n’est pas mon père, c’est le sien, mais mon père, en même temps que le sien, mourait à petit feu (plus rapide que le sien) d’une tumeur au cerveau. Suis-je moi aussi inconsolable ? La vie passe, on renaît de ses cendres, on se jette dans des tourments plus doux, on pétrarquise, on revit. Il reste une voix, qui s’estompe.

Ce que j’ai entendu

À voix nue, j’écoute un homme de parfums alors que je suis encore imprégné de Ryoko Sekiguchi. Il s’appelle Jean-Claude Ellena et invente des senteurs poétiques que je tente d’imaginer en l’écoutant, comme je le tentais en lisant L’Appel des odeurs.  Cela s’appelle Un jardin après la mousson ou La haie fleurie du hameau et ça sent bon, dans l’imagination.

Ce que j’ai vu et entendu

Dans la pénombre de la maison de ville, Jacques a invité quelques amis. Elisa et Soraya, au fond de la salle, donnent le ton, au basson et à la clarinette. Puis on se suspend aux lèvres des deux comédiennes qui lisent les mots de Jacques, des histoires de grande orange, de montagne, de chasse au chamois, d’opéra (la musique est de Jacques mais elle se souvient de Rossini et des quatre-vingts chasseurs que Trolley à l’accordéon jouait du temps où il sortait encore de sa maison) et d’amitié. C’est écrit et c’est dit avec gourmandise (Jacques est un fin gourmet), avec humour et avec sensibilité (Jacques est un chasseur sensible, un sauvage civilisé, un séducteur attachant) et c’est suivi d’un verre qu’on déguste (la veille déjà, Jacques nous en avait raconté de belles).

Ce que j’ai fait

Préparation de la rentrée (ça accapare l’esprit) mais on continue à noter au quotidien des presque-rien, à pianoter des truites trop lentes, à chanter une mélancolique solitude d’été qui s’achève et on se prépare à ouvrir de nouveaux chantiers qui resteront longtemps à l’état de chantiers.