Dans ce quarante-troisième journal de lecture de l’année 2026, je passe en revue mes lectures. En plus de la vidéo ci-dessous, vous trouverez les notes prises après chaque moment de lecture, sur un fond de couleur différent pour chaque livre.
1:24 Chanouga, Narcisse
8:09 Raymond Queneau, Exercices de style
14:09 San-Antonio, Entre la vie et la morgue
16:47 Bret Easton Ellis, American Psycho
20:24 Eugène Ionesco, Présent passé Passé présent
24:20 Nathalie Sarraute, Enfance
31:59 Patrick Boucheron (sldr), Histoire mondiale de la France
Sur le fauteuil jaune, en écoutant une version à la Liszt de l’hymne national suisse (donc un exercice de style), quelques Exercices de style de Queneau, parodie de comédie en 3 actes ou fantomatique récit issu des temps anciens. Les meilleurs exercices sont ceux qui jouent sur les lettres (à mon goût), comme les paréchèses : « Sur la tribune bustérieure d’un bus qui transbahutait vers un but bucolique… »
Sur le fauteuil jaune, trois Exercices de style, philosophique (saturé de références), apostrophe et maladroit (où Queneau s’efforce de mal écrire même si « c’est en écrivant que l’on devient écriveron. »)
Sur le fauteuil jaune, fond jazz parfaitement adapté, Exercices de style, désinvolte, partiel, sonnet puis le début des 5 sens, olfactif et gustatif (ça a quel goût, un autobus ?).
Sur le fauteuil jaune, terminé Entre la vie et la morgue, où la révélation finale confirme ce que me disait mon petit doigt et où une certaine madame Pranmoitoux porte bien son nom.
Sur le fauteuil jaune, Exercices de style ou comment inventer sans cesse. Parfois on n’y pige plus rien, on est perdu, puis on retrouve quelque chose d’une histoire qu’on connaît par cœur.
Sur le fauteuil jaune, Exercices de style où il suffit d’un rien pour être inventif. Dans « épenthèses », mine de rien, Queneau invente le pronom « iel ».
Sur le fauteuil jaune, un exercice de style, tout bête, « parties du discours ». On classe les mots selon leur catégorie grammaticale (intéressant à refaire en classe, on risque d’avoir des surprises) (mauvaises).
Sur le fauteuil jaune, commencé Histoire mondiale de la France, ouverture par Patrick Boucheron pour essayer de relier « mondial » et « France » en montrant (et c’est cela qui m’intéresse) que la France est dans le monde (et que donc lire son histoire depuis la Suisse, c’est aussi lire notre histoire).
Sur le fauteuil jaune, quelques Exercices de style qu’on est presque obligé de lire à haute voix (le javanais, les italianismes).
Sur le fauteuil jaune, American psycho, étrange chapitre sur Genesis, sorte de chronique musicale sensible au milieu des ignominies (genre Very good trip au milieu de very bad trip).
Sur le fauteuil jaune, avec du jazz, presque terminé les Exercices de style, livre potentiellement infini (mais trop court).
Terminé, sur le fauteuil jaune, les Exercices de style avec « inattendu ». Comment créer, après 100 fois ou presque la même histoire, de l’inattendu ? Raymond Queneau y parvient et il y parviendrait sans doute encore après 100 autres versions.
Sur le fauteuil jaune, (re)commencé Enfance de Nathalie Sarraute, le seul livre que j’avais déjà lu d’elle. Ce qui frappe, c’est la continuité avec ce qui précède : le dialogue avec un double puis les mots qui déclenchent l’écriture, mots allemands comme le « Ich sterbe » de L’Usage de la parole.
Sur le fauteuil jaune, avec Händel, quelques pages d’Enfance, où la scène est classique, celle de l’enfant qui ne veut pas manger ce qu’on lui sert, mais à nouveau c’est le langage qui est premier ; un médecin a dit « tu dois mâcher les aliments jusqu’à ce qu’ils deviennent aussi liquides qu’une soupe », or ils ne le sont pas, il faut continuer à mâcher.
Sur le fauteuil jaune, chapitre 2 de Narcisse, « Terra nullius », où le naufragé blanc petit à petit est initié à la culture locale et devient indigène, presque (la couleur de la peau, bien sûr, ne change pas, et quand les Anglais débarquent ils croient le sauver des sauvages (mais ce sont eux les sauvages, bien sûr).
Sur le fauteuil jaune, Narcisse (ou Amglo) doit revenir en France (sa maman l’y attend depuis 17 ans) et on l’appelle le « sauvage blanc ». On l’a sauvé ? Non, bien sûr, on l’a arraché à ce qu’il était devenu. Qui est-il désormais ? Narcisse ou Amglo ? Qui voit-il dans sa glace ?
Sur le fauteuil jaune, avec Haydn et Schubert, Enfance ; les scènes se succèdent au présent, sans qu’on comprenne toujours ce qu’il s’y déroule, on y lit le souvenir en train de naître et les questions qu’il pose.
Sur le fauteuil jaune, terminé Narcisse, le « sauvage blanc » qui incarne tous les paradoxes de la colonisation à lui tout seul, homme perdu entre deux mondes qui lui sont tous deux étrangers et auxquels il appartient néanmoins.
Sur le fauteuil jaune, avec Haydn et Glenn Gould, Enfance, où Nathalie Sarraute n’ose employer le mot bonheur et où une voix l’interrompt pour lui montrer les failles derrière ce qu’elle écrit.
Sur le fauteuil jaune, Présent passé passé présent, ce scandale du temps qui passe qu’on devrait refuser : vieillir non merci. Je suis un enfant (mais emprisonné dans un corps d’adulte.