Journal du 25 au 27 juillet 2024

Ce que j’ai lu

Sur ma table, une pile de livres : Charles Juliet (1934-2024). Comme apprendre la mort d’un ami, même si je ne l’ai rencontré que (non, pas que) dans ses livres, son journal, ses rencontres avec des peintres (Cézanne, Bram Van Velde) et ce livre bouleversant, Lambeaux, l’adresse d’un fils à sa mère morte de faim dans ce qu’on appelait en ce temps-là un asile de fous. Que faire pour rendre hommage à Charles Juliet sinon lui donner la parole ? J’ai ici quatorze livres de lui (quelques-uns m’attendent encore, sa poésie, le récit de sa vie d’enfant de troupe) et voici quatorze phrases, prises au hasard (j’ai toute confiance, ce sera merveilleux).

Étrange chose que ces individus qui attirent un jour notre regard, piquent notre curiosité, font surgir maintes questions, se fixent sans grande raison dans notre mémoire, et qui réapparaissent en nous de temps à autre, parfois longtemps après que nous les avons entraperçus. (Lumières d’automne)

Votre passion du vrai. (Cézanne un grand vivant)

J’ai été ému par les tombes vides des marins disparus en mer. (Gratitude)

Ses lèvres non pas closes mais scellées. (Lambeaux)

Ces voix éraillées, rauques, sauvages, qui me parlent de vies ravagées par de sourdes passions, elles me bouleversent, m’atteignent en cette région où s’enchevêtrent la douleur d’être et l’ivresse de vivre. (Accueils)

Et ce qui me stimule et m’impressionne, c’est de sentir en lui si intense, la présence de l’invisible, de cette chose qui l’habite et où, à tout moment, il s’immerge, le regard fixe et absent. (Rencontres avec Bram Van Velde)

Mais les livres ne m’éloignent pas de la vie, et chaque rencontre, je l’aborde comme j’aborde un livre : avec gravité, concentration, ferveur. (Lueur après labour)

Mon plaisir chaque matin à être réveillé par le chant des oiseaux, à voir de très beaux papillons. (Le jour baisse)

La parole est la rivale de l’écriture. (Ténèbres en terre froide)

J’aimerais écrire dans des cafés, mais il me reste à dénicher celui où ne glapirait pas leur satanée musique. (Au pays du long nuage blanc)

Le suicide aurait été le point ultime de la mort à soi-même. (Traversée de nuit)

J’étais jeune, la vie s’offrait, multiple, attirante, mais trop de questions, de désirs, de tentations m’assaillaient. (Apaisement)

Je savais que dans le noir ou dans la blancheur qui engloutissait tout, des bandits se cachent qui volent, torturent, puis tuent les enfants. (La Fracture)

Écrire, ce fut dès l’origine tenter de retrouver le timbre et le rythme de la voix du corps avec les mots que formait la plume. (L’autre Faim)

Ce que j’ai vu et entendu

Bird songs. Retrouver par la musique quelque chose qui serait digne du chant des oiseaux (cette question du rythme et de la voix, ça aurait parlé à Charles Juliet, qui évoque souvent le jazz dans son journal). Elles sont cinq chanteuses. Ils sont trois musiciens. Nous nous baladons dans les allées du jardin botanique de Fribourg. Un saxophone nous guide. Musique calme et beauté des voix, harmonie (dire cela simplement, comme l’aurait fait Charles Juliet), le public à l’ombre des grands arbres se rafraîchit à ces chants où l’humain rejoint l’animal et le végétal. Même la pelleteuse a envie de se joindre à la fête.

Rencontres arrangées | Ensemble Diaphane (jardin botanique de Fribourg, 26 juillet 2024)

Ce que j’ai fait

L’été, on prend le temps de faire peu mais de faire bien. L’atelier d’écriture avance, j’y sème des textes à approfondir (il est question de grottes, tout cela reste à creuser). De la musique ? À petites doses. Ne pas vouloir aller trop vite. On laisse infuser.