Journal lecture : 2026, semaine 44

Dans ce quarante-quatrième journal de lecture de l’année 2026, je passe en revue mes lectures. En plus de la vidéo ci-dessous, vous trouverez les notes prises après chaque moment de lecture, sur un fond de couleur différent pour chaque livre.

1:20 Damien Marie & Karl Tollet, 300 grammes

6:22 Claude Lévi-Strauss, Tristes tropiques

12:48 Bret Easton Ellis, American Psycho

16:06 Nathalie Sarraute, Enfance


Sur le fauteuil, commencé 300 grammes, BD de Marie et Karl T., sur la naissance d’un mythe : Le Hollandais Volant ! », en noir et blanc, avec bien sûr un naufrage puis les aventures d’une certaine Agnès, accro à l’épicine (une larve et une drogue hallucinatoire) qui se retrouve esclave (on lit aussi des lettres d’un certain Jack Stullman, en 1788, à propos de son arrière-arrière-grand-oncle).

Sur le fauteuil jaune, musique orientale et Enfance, la naissance de l’écriture si cruciale chez les futurs écrivains (je pense aux Mots de Sartre) et ce commentaire assassin qui empêche l’écriture : « Avant de se mettre à écrire un roman, il faut apprendre l’orthographe. »

Sur le fauteuil jaune, terminé 300 grammes, entre marine et mythologie, paradis artificiels et esclavage, la naissance d’un mythe (à continuer d’explorer).

Dans le train Cousset-Zofingen, American psycho, mélange toujours plus inquiétant de snobisme et d’horreur. Bateman : dandy aux pulsions assassines. Au détour d’un catalogue de mode, il torture un chien et se montre outré quand il a affaire à des homos.

Dans le train Zofingen-Cousset, American psycho, toujours le mélange détonnant, la liste des cadeaux pour Noël : 1) un resto chic 2) se faire inviter par Trump sur son yacht 3) en savoir plus sur le portefeuille Fisher 4) « scier la tête d’une petite nana » 5) « m’excuser auprès d’Evelyn ».

Sur le fauteuil jaune, Enfance, à nouveau une de ces phrases qu’on lit sans y penser puis auxquelles on ne cesse de penser : l’enfant trouve sa poupée plus belle que sa maman et que répond la maman ? « Un enfant qui aime sa mère trouve que personne n’est plus beau qu’elle. » Donc… l’enfant n’aime pas sa maman… (cette phrase est d’une violence absolue), puis l’enfant pense pire, « maman à la peau d’un singe. »

Sur le fauteuil jaune, Enfance, va-et-vient entre la mère, qu’on craint de ne pas assez aimer, et le père ; entre le russe et le français aussi.

Sur le fauteuil jaune, (re)commencé Tristes tropiques dans la Pléiade Lévi-Strauss, où malgré la première phrase (« Je hais les voyages et les explorateurs. »), les talents de conteur de l’auteur se remarquent facilement ainsi que son ironie quand il est question des conférences ethnographiques de sa jeunesse.

Sur le fauteuil jaune, Enfance, toujours cette extrême attention aux mots : « Elle est bête » (à propos de la compagne du père) (on retrouve ce type de remarque dans Vous les entendez ?) (la petite Nathalie entend tout).

Sur le fauteuil jaune, chapitre 2 de Tristes Tropiques, deux traversées de l’Atlantique, avant et pendant, la guerre, le luxe puis la déchéance : « Le pauvre homme voyait encore en moi un ambassadeur au petit pied de la culture française ; moi, je me sentais déjà gibier de camp de concentration. »

Sur le fauteuil jaune, Enfance, des détails, semble-t-il, des lettres qu’on écrit à la mère, le père qui nous sert dans ses bras, des moments cruciaux.

Sur le fauteuil jaune, avec Haydn et Glenn Gould, Enfance, la petite fille perdue entre 2 parents que des milliers de kilomètres séparent et cette petite sœur qui naît (demi-sœur) et prend toute la place.

Sur le fauteuil jaune, Michael Haydn et Enfance, cette parole de la bonne, « chez ta mère » et l’enfant qui sait qu’elle n’est pas tout à fait chez elle.

Sur le fauteuil jaune, fini la première partie de Tristes Tropiques, entre Antilles et États-Unis, mais en passant par le Brésil et d’autres lieux, tout étant sans cesse comparé afin de trouver un semblant de sens (une structure commune).

Sur le fauteuil jaune, Tristes Tropiques, formation intellectuelle de l’auteur, rejet de la philosophie de l’époque (« l’enseignement philosophique exerçait l’intelligence en même temps qu’il desséchait l’esprit »), découverte de Freud et de Marx puis tentative de penser autrement (Lévi-Strauss dit avoir l’esprit « néolithique ») qui le pousse vers l’ethnologie.

Sur le fauteuil jaune, Tristes Tropiques, un coucher de soleil un peu lourd puis le Nouveau Monde qui approche avec le souvenir de Christophe Colomb.

Sur le fauteuil jaune, Enfance, où à propos de la dictée, il y a cette phrase : « Je ne suis rien d’autre que ce que j’ai écrit. »

Sur le fauteuil jaune, Tristes Tropiques, arrivée à Rio, souvenir de Jean de Léry, impression qu’il n’y a pas de différence entre le dedans et le dehors.

Sur le fauteuil jaune, Enfance, le père et la fille face aux problèmes mathématiques, l’algèbre contre l’arithmétique.

Sur le fauteuil jaune, avec Michael Haydn, Enfance, le plaisir d’écrire « mon premier chagrin d’enfance » et de l’inventer, bien sûr, même si ici, dans Enfance, les chagrins semblent réels.

Sur le fauteuil jaune, Enfance : Nathalie joue les maîtresses d’école, interroge des élèves imaginaires (un peu comme la voix qui parfois l’interrompt dans le livre).

Dans le train Cousset-Fribourg, American psycho, une soirée de réveillon qui tourne au glauque, puis les sempiternelles marques de vêtements.

Dans le train Fribourg-Cousset, American psycho, une sorte de bar, des filles décrites comme idiotes, le besoin de coke, une rencontre (cette fille, il l’avait torturée), cela semble banal, c’est oppressant.

Sur le fauteuil jaune, avec Gustav Holst, Enfance, le retour de la mère, ses mots toujours aussi blessants, comme si elle partait à une adulte, encore un départ, à cause de la guerre qui arrive.

Sur le fauteuil jaune, avec Arthur Honegger, terminé Enfance, fin abrupte, « — Pourquoi maintenant tout à coup, quand tu n’as pas craint de venir jusqu’ici ? » Elle n’a plus envie. L’enfant prend le tramway. C’est peut-être là que s’arrête l’enfance pour Sarraute (et qu’elle commence pour Claude Simon).

Sur le fauteuil jaune, Tristes Tropiques, découverte du Brésil (Rio et Sao Paulo), description de paysages, qui ne devient intéressante que quand est enclenchée la machine comparative et interprétative.

Sur le fauteuil jaune, Tristes Tropiques, Sao Paulo, une ville où l’on s’étonne que certains bâtiments aient 50 ans et qualifiée de sauvage.

Dans le train Cousset-Fribourg, American psycho, toujours plus horrible, Bateman tue un collègue/concurrent à coups de hache en pleine gueule (que fait la police ?)

Dans le train Fribourg-Cousset, American psycho, monotonie, soulagement du crime, soulagement transitoire puis retour à la normale, dîner avec un frère arrogant (c’est de famille).

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