Journal de lecture : 2026, semaine 42

Dans ce quarante-deuxième journal de lecture de l’année 2026, je passe en revue mes lectures. En plus de la vidéo ci-dessous, vous trouverez les notes prises après chaque moment de lecture, sur un fond de couleur différent pour chaque livre.

1:32 Emmanuel Carrère, Kolkhoze

10:07 Paul-Louis Courier, Pamphlets politiques

15:40 Cédric Durand, Techno-féodalisme, Critique de l’économie numérique

23:25 Bret Easton Ellis, American Psycho

27:15 Eugène Ionesco, Présent passé Passé présent

33:41 Chanouga, Narcisse

36:30 San-Antonio, Entre la vie et la morgue

41:13 Raymond Queneau, Exercices de style


Sur le fauteuil jaune, Kolkhoze : la vérité, obsession de l’auteur. Qui de sa mère ou de son oncle, menteur invétéré, dit la vérité ?

Sur le fauteuil jaune, Techno-féodalisme, encore un paradoxe du « nouvel esprit du capitalisme » qui prétendait libérer le travail (chez Google, séances de yoga, restos gratuits, team-building et compagnie) et qui accentue le contrôle, l’intensité du travail et le malaise des travailleurs bientôt en burn-out.

Au lit, Courier écrit de son village et n’en démord pas : les autorités en prennent pour leur grade (vive le peuple, vive les soldats, à qui il ne faut pas trop parler sous le regard des gendarmes). Puis il se fait chasser pour avoir déplu au maire, qui avait giflé le curé puis piétiné l’herbe de Courier.

Sur le fauteuil jaune, Kolkhoze, où évoquer la mère, c’est tenter de réhabiliter Brasillach et où les Russes blancs ont l’illusion d’être à nouveau bienvenus en Russie (au goulag).

Sur le fauteuil jaune, Kolkhoze, la famille paternelle, nettement moins exotique que la maternelle, musiciens bordelais qui s’entre-détestent. Le père s’y arrête peu, fasciné qu’il devient par les aristocrates russes de sa belle-famille où la bonne, tout aussi pauvre que l’oncle Paul et la tant Natacha, « avant de se mettre à table avec ses maîtres sur une toile cirée, devant des assiettes dépareillées et ébréchées […] annonçait : « Madame la comtesse est servie ! » ».

Sur le fauteuil jaune, Techno-féodalisme : le succès de la Silicon Valey n’a été possible que parce que d’autres territoires n’ont pas eu le même succès et que parce que les inégalités ont explosé à l’intérieur même du territoire.

Au lit, Courier se prend pour le roi. Il écrit à son cousin, le roi d’Espagne, pour lui expliquer comment avoir un parlement à sa botte, tout en méprisant le peuple et en gagnant beaucoup d’argent. Il évoque aussi le marquis qui a été élu face à lui, non par le peuple mais par les ministres. À Paris, il s’indigne qu’on puisse croire que le Livret de Paul-Louis, vigneron soit de lui (la prison se rapproche).

Sur le fauteuil jaune, Techno-féodalisme et Händel. D’autres mythes de l’idéologie californienne s’effondrent : l’innovation ne crée pas la croissance ; l’État doit jouer un rôle stratégique et non pas les laisser les marchés décider (c’est l’erreur commise par l’Europe).

Sur le fauteuil jaune, Kolkhoze, la mère de l’auteur fréquente Maurice Bardèche, devenu fasciste après la guerre, cela semble un milieu agréable mais le fils en est marqué. Son ami Olivier a des parents qui fréquentent Roman Gary.

Sur le fauteuil jaune, Kolkhoze, mort de Nathalie, la grand-mère, qui n’a pas, répète Hélène, le cancer (et qui pourtant en meurt).

Sur le fauteuil jaune, fond rock (Nirvana, AC/DC, Rolling Stones), Techno-féodalisme : « Reféodalisation de la sphère publique », c’est-à-dire affaiblissement de la démocratie, transformation des citoyens en consommateurs.

Sur la terrasse (nous sommes les 11octobre), terminé les Pamphlets politiques de Courier par le Pamphlet des pamphlets où ses accusateurs lui reprochent d’écrire des volumes trop courts (un seul feuillet) et donc empoisonnés. Bien sûr ils ne les lisent pas, ces pamphlets, ils savent que cela peut être dangereux. C’est en Amérique qu’on lit des pamphlets, un pays terrible où tout le monde sait lire (tout le monde libre, bien sûr).

Sur le fauteuil jaune, Kolkhoze, entre snobisme et misère, les parents entrent dans la vie active. Hélène s’intéresse à son pays d’origine (un seul des deux, la Russie), son mari invente des particules aux nobles qui n’en ont pas besoin.

Sur le fauteuil jaune, avec Händel, Techno-féodalisme ou comment les entreprises de la tech ont besoin de nos données pour se développer. Non seulement elles nous surveillent mais elles font tout pour modifier nos comportements afin que ceux-ci correspondent à leur intérêt.

Sur le fauteuil jaune, Kolkhoze, récit d’un voyage de la mère en Asie centrale, où un pilote afghan veut l’enlever, puis séjour à Moscou pendant qu’un bébé l’attend à Paris. Retour : on fait kolkhoze (on dort tous dans le même lit, la mère, le fils, les deux sœurs).

Au lit, Kolkhoze, enfance de l’auteur, récits rocambolesques de sa mère invoquant le Shah d’Iran pour manger du foie de veau ou des singes échappés d’un château qui enlèvent les enfants. Sa mère écrit des livres savants par un polyglotte qui enseigne l’éthiopien liturgique et trouve mai 68 du plus haut comique.

Sur le fauteuil jaune, Kolkhoze, la mère adorée, celle qui lit avec lui Dostoïevski et s’inquiète de son souffle au cœur, devient plus distante, a de longues conversations au téléphone avec un certain M.N., relègue le père dans la chambre du fond et le fils se retrouve devant le psychanalyste pendant 30 ans.

Sur le fauteuil jaune, Kolkhoze et la figure écrasante de la mère, d’abord pour le père puis pour le fils, qui lui préfère ce frère saltimbanque mais s’inscrit quand même à Sciences Po et va jusqu’à passer chez Pivot avec elle.

Sur le fauteuil jaune, Kolkhoze, « La gloire de ma mère », académicienne, amie des chefs d’État (de Boris Eltsine en particulier) et le fils à l’arrêt, cherchant Dracula dans la Roumanie d’après Ceausescu, écrivant la biographie de Philip K. Dick, se perdant dans le récit d’un assassinat.

Sur le fauteuil jaune, Techno-féodalisme, la question de Big-data et de l’IA (pas encore de LLM en 2020, ça change quoi ?) : « L’individu est ainsi simultanément augmenté de la puissance du social restituée par les algorithmes et diminué dans son autonomie par les modes de restitution. Ce double mouvement est une domination, car la capture institutionnelle est organisée par des firmes qui poursuivent des fils qui leur sont propres, sans rapport avec celles que pourraient se donner les communautés affectées. »

Au lit, Kolkhoze, où on est indulgent avec Poutine, mafieux certes, mais qui met de l’ordre et de l’ambition dans le cœur des Russes (aveuglement de la mère et du fils). La cousine Salomé, elle, tient tête à Sergeï Lavrov. Elle devient présidente de la Géorgie.

Sur le fauteuil jaune, Kolkhoze, confinement, le père fait un « petit AVC », la mère, toujours aussi dure dans sa façon d’aimer, dit : « Mon petit garçon (j’avais soixante-deux ans), tu risque peut-être de tuer ton père si tu viens, mais tu es certain de tuer ta mère si tu ne viens plus. » Le fils part quand même.

Sur le fauteuil jaune, avec Händel, Techno-féodalisme ou comment « les plateformes sont en train de devenir des fiefs », avec l’exemple d’Uber qui rend ses utilisateurs (ou ses salariés ?) dépendants, puis « automatiser le contrôle social », avec l’exemple de la Chine qui récompense ou punit ses citoyens en fonction d’un score calculé par des machines.

Sur le fauteuil jaune, Kolkhoze, 24 février 2022, attaque de l’Ukraine, l’auteur se précipite… en Russie. Sa mère, quant à elle, n’y comprend rien. Elle croyait Poutine raisonnable.

Sur le fauteuil jaune, Kolkhoze ; l’auteur se rend enfin en Géorgie. Sa cousine est présidente. Elle essaie de résister à Poutine, qui entraine avec lui le peuple russe.

Sur le fauteuil jaune, Kolkhoze, l’auteur se rend en Ukraine, rencontre des combattants, tente de sauver la culture russe (sans succès) et repart faire des canulars sur une plage grecque (il sait sa chance).

Sur le fauteuil jaune, Kolkhoze, agonie de la mère, toujours dans la dignité, ne jamais montrer qu’on souffre, rester une grande dame jusqu’au bout.

Sur le fauteuil jaune, Kolkhoze, on s’approche de la fin, c’est-à-dire de la mort, MDM (mort de maman), soins palliatifs avenue Émile-Zola, l’auteur attend dans une brasserie, le Germinal. Je m’y suis arrêté aussi, y ai bu une bière, sans savoir (partout sur l’avenue, il y a, me souviens-je, des boutiques de pompes funèbres).

Sur le fauteuil jaune, en reggae, terminé Kolkhoze où la famille fait une dernière fois kolkhoze au chevet de la mère mourante, qui fait le job jusqu’au bout. Seul absent : le père, le mari (elle l’a exclu), qui lui survit 147 jours. Elle a été l’héroïne de ce livre, il en a été, en secret, l’auteur.

Sur le fauteuil jaune, American psycho, le narrateur veut donner un dollar à une clocharde, ce n’en est pas vraiment une (la bonté tape à côté, pas la méchanceté).

Sur le fauteuil jaune, Techno-féodalisme, « Les rentiers de l’intangible » : ce qui crée l’essor des intangibles (codes informatiques…), c’est la division du travail, sa dispersion à travers le monde.

Au lit, Techno-féodalisme, partie assez technique pour montrer que ce qui rapporte, ce sont les données qu’on possède : « L’essor du numérique nourrit une gigantesque économie de rente, non pas parce que l’information serait la nouvelle source de valeur, mais parce que le contrôle de l’information et de la connaissance, c’est-à-dire la monopolisation intellectuelle, est devenu le plus puissant moyen de capter la valeur. » Certes de petites entreprises vont pouvoir émerger grâce aux données qu’elles exploitent mais où sont-elles, ces données ? dans le cloud, qui appartient à … Google, Amazon, etc.

Dans le train Cousset-Thoune, American psycho, scène de cul pathétique puis retour à la normale, on s’engueule sur le caractère cassant des pizzas. Le collègue a l’argument qui tue : Donald Trump les a aimées, ces pizzas.

Dans le train Thoune-Cousset, American psycho, de plus en plus ignoble : Bateman trucide un clochard après l’avoir torturé puis au chapitre suivant, comme si de rien n’était, disserte sur Genesis et Peter Gabriel.

Sur le fauteuil jaune, Techno-féodalisme, retour au féodalisme médiéval, à la fois domination et protection, régulées par la violence (la guerre).

Sur le fauteuil jaune, Narcisse de Chanouga : un gamin rêve de grand large. Il sera servi, vogue vers l’Australie, mais le bateau fait naufrage (comme toujours dans les BD marines) et notre mousse se retrouve seul au milieu de la jungle.

Sur le fauteuil jaune, Techno-féodalisme, passage par le Moyen-Âge pour définir le féodalisme, où les travailleurs ne possèdent que leurs outils de production (comme les chauffeurs Uber possède leur taxi) pour revenir à notre époque qui peut-être est déjà sortie du capitalisme.

Terminé, sur le fauteuil jaune, Techno-féodalisme, où ce qui domine, c’est la prédation : « L’essor du numérique bouleverse les rapports concurrentiels au profit de relations de dépendance, ce qui dérègle la mécanique d’ensemble et tend à faire prévaloir la prédation sur le produit ». Tout cela est publié en 2020. L’essor des LLM semble accentuer la donne (qu’en pense l’auteur aujourd’hui ?) (le techno-féodalisme s’est-il amplifié ou s’agit-il d’autre chose ?).

Sur le fauteuil jaune, commencé Passé présent d’Eugène Ionesco, fragments d’enfance, souvenirs vagues, le père qu’on traite de con (à raison), le petit frère mort, la mère au bord du suicide, des couleurs, des gestes, un désespoir déjà en germe et les souvenirs qui irrémédiablement s’estompent.

Sur le fauteuil jaune, commencé le San-Antonio des vacances, Entre la vie et la morgue (1959), ou le narrateur aimerait bien se taper une femme à lunettes. Ça tombe bien mais problème : elle tombe du train (on la pousse bien sûr, mais qui ?).

Sur le fauteuil jaune, Entre la vie et la morgue, revoilà Pinaud et Mathias, l’un qui fait de l’artériosclérose, l’autre qui reconnaît immédiatement la fille sur la photo (cadavre à lunettes désormais)

Sur le fauteuil jaune, Entre la vie et la morgue ; l’enquête semble piétiner, Béru bouffe une choucroute (c’est pas beau à voir), un sourdingue produit un portrait-robot, le vieux s’impatiente et Pinuche a un coup de génie.

Sur le fauteuil jaune, Entre la vie et la morgue, festival de calembours (Béru va jusqu’à évoquer Chermoche-Holcaisse, le célèbre détective) puis virée en boîte de nuit (passons sur la pute métisse qui déclenche maintes blagues racistes du plus mauvais goût).

Sur le fauteuil jaune, Entre la vie et la morgue, ça s’accélère, on retrouve un suspect qui ne se laisse pas faire, Béru valdingue, Pinaud se pintole, le méchant se suicide, le vieux risque de se fâcher.

Commencé sur le fauteuil jaune, avec Haydn, la relecture des Exercices de style de Raymond Queneau dont on ne se lasse pas (en Pléiade, on a en plus le contexte, ce qui offre une plus-value). Mention spéciale pour les homéotéleutes : « Une hule aprule, devant la gule Saint-Lazule, je l’aperçule… »

Sur le fauteuil jaune, avec Bach, quelques Exercices de style variés et ce sentiment de ne pas lire la même histoire alors que si.

Sur le fauteuil jaune, avec Dolly Parton, Exercices de style, délicieusement datés, tantôt pastiches, tantôt exercices oulipiens, jeux de lettres et de l’être.

Sur le fauteuil jaune, Entre la vie et la morgue, le mystère s’épaissit puis commence à se résoudre, de manière rocambolesque à souhait, des chauve-souris manipulées foutent le feu à des bâtiments et bien sûr le vieux, dont personne n’ignore la calvitie, se marre : « Il m’écoute attentivement, puis l’homme chauve sourit malicieusement. »

Sur le fauteuil jaune, Entre la vie et la morgue, on se rapproche du dénouement. Le pauvre Pinuche se fait renverser par une bagnole. Béru est ivre mort. Le suspect (un voyou surnommé le Méhariste) crève empoisonné. Il reste 10 pages et tout va mal mais ça s’arrangera à coup sûr.

Laisser un commentaire