Notes d’écoute : mythes, violence, esclavage

Claude Lévi-Strauss et les mythes de société dites « primitives » | INA Culture

Derrière les mythes, astronomie primitive, légende de rois, amour, souffrance, mort : on cherche une clé. Mythe = super-langage, super-phrase avec des phrases : le moindre détail a une importance.

Structures : Martien débarque, tombe sur une partition d’orchestre et ne saura pas la lire ; il verra des récurrences et ne lira pas de manière linéaire mais en superposant les lignes.

Cuisine : passage de la nature à la culture (aucun animal ne cuit ses aliments, tous les humains oui). Mythe : les hommes faisaient cuir leur viande en l’exposant est au soleil ; tête-à-tête risqué entre le ciel et la terre : monde brûlé ou monde pourri ; feu de cuisine : tient à distance le soleil ; cru et cuit se trouvent aussi dans notre société dans le langage : monter à cheval à cru (pas d’intermédiaire, la selle).

On est toujours le primitif de quelqu’un. Lévi-Strauss aurait très bien pu (il s’y essaie un peu à la fin de l’interview) étudier nos propres mythes, mais la partition d’orchestre est trop facile à déchiffrer (en apparence). Cette question du cru et du cuit, on la double aujourd’hui (et ce n’est pas nouveau) de celle de l’animal et du végétal : quel sens ça a de manger de la viande ? Si on y réfléchit rationnellement, la réponse est évidente. Cela n’en a pas, donc abandonnons la viande. Mais notre culture, nos mythes, sont trop puissants, ils nous structurent trop en profondeur pour que nous y parvenions (écris-je en mangeur de viande qui cherche à se modérer et qui, tout en étant convaincu par les arguments des végans, ne parvient pas une seconde à s’imaginer totalement végétarien).

Être et savoir | De la délinquance des quartiers à la radicalisation identitaire : comment prévenir les violences chez les jeunes

Couteau : usage pas nouveau, bcp d’affaires, récurent. Arme disparue : le fusil à pompe. Couteau : pour agresser et tuer, très rare ; pour faire peur, très courant ; bcp de jeunes se protègent (3 façons de se protéger : ne pas sortir, sortir à plusieurs, s’armer).

Certains endroits ont réussi à inverser la tendance. Cela demande des moyens : aucun policier n’est parvenu à inverser la tendance sur le terrain ; les acteurs de l’intervention sociale sont plus efficaces sur le long terme.

Posture à adopter vis-à-vis des jeunes pour être accepté ? Comprendre leur langage et leur apprendre les mots du savoir ; disponibilité et prendre le temps de les écouter ; les médiateurs n’ont pas de pouvoir de sanction : les jeunes leur disent des choses, ont moins peur d’être sanctionnés. Travail complémentaire : prévention et judiciaire, essentiel mais en synergie.

Remplacer le couteau par les mots du savoir, belle idée. Peupler les rues de mots, parler aux jeunes plutôt que leur taper dessus. Il fallait y penser… Mais penser n’est pas toujours le réflexe sur des tels sujets. Ça éructe, ça s’indigne, ça n’écoute pas mais ça cause, sûr de savoir alors que non, taper sur les jeunes ne les rend pas plus sages. Cette réflexion-là semble basique, évidente, mais non, il y a toujours des gens qui se croient plus malins que les autres et qui disent n’importe quoi. Le problème, c’est que ces gens-là sont au pouvoir.

Jennifer Pitts | Les Lumières et l’esclavage : Cugoano, Condorcet et les débats sur l’abolition à la veille de la Révolution

Texte anti-esclavagiste : attention terme nègre pas péjoratif. Condorcet (1789) utilise noir plutôt que nègre et barre ce mot.

1787 : Ottobah Cugoano, Réflexion et sentiment sur le mal de l’esclavage. Arrive à Londres au moment où l’esclavage est aboli sur le sol anglais. Travaille comme domestique chez des peintre. Livre novateur : avant, quelques livres publiés ; mais son livre s’appuie sur la Bible, le droit naturel, pour la suppression de l’esclavage ; pas de promotion et aucune apparition dans la presse : livre trop radical pour les abolitionistes anglais, pour l’abolition immédiate de l’esclavage.

Très vite publié en français, grand investissement culturel et matériel, un exemplaire envoyé au roi ; traducteur inconnu mais Condorcet y est lié : l’esclavage est un crime public, Réflexions sur l’esclavage des nègres (pseudo : M. Schwartz).

Certains noms sont oubliés parce qu’ils ne sonnent pas d’ici. Ottobah Cugoano était contre l’esclavage, certes, mais c’est un n*. Condorcet aussi est contre ? Alors ça devient acceptable. L’histoire s’écrit depuis l’Europe. Ou s’écrivait. Le voilà étudié, cet auteur anti-esclavagiste, le voilà nommé autrement que John Stuart, parce que les esclaves, on leur enlevait jusqu’à leur nom. Est-ce qu’on peut le trouver, ce livre, si on n’est pas spécialiste ? Je n’ai pas cherché. C’est sans doute hélas une rareté. Tant de livres néfastes pullulent, mais celui-ci, nécessaire, dort dans la poussière avec son auteur pendant qu’un peu partout les Lumières s’éteignent.

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