Dans ce vingt-septième journal de lecture de l’année 2025, je passe en revue mes lectures, dont surtout :
0:59 Jean Giono, Un roi sans divertissement
11:14 Olivier Rolin, Vers les îles Éparses
15:07 Peter May, Tempête sur Kinlochleven
La vie est une fête. On dit ça. Les chiens de Navarre ont une conception tout à eux de la fête. Et de la vie. Tout commence dans cet étrange univers qui vu de Suisse énerve ou fascine : l’Assemblée nationale française. Pendant que le public entre dans la salle, des types s’engueulent et commentent ce qu’ils voient, les bouchons à gauche, le centre qui peine à se remplir et moi, siège 16 rangée 9, je suis à l’extrême droite mais porte un pull vert, schizophrène, et le spectacle qui suit l’est, schizophrène, complètement fou, grotesque, débridé, provocateur, loufoque (je repense à cet élève qui avait écrit loup-phoque), cynique, obscène, sanguinaire et foutraque (plein de foutre et de sang et de merde aussi, sur la joue du politicien qui se laisse faire). Une fête, ce déchaînement hirsute et cathartique ? Une fête qui ne nie pas la vie, la dépression (les mots bleus de Christophe), la violence, le décalage permanent entre nos paroles et nos actes, une fête mais à la fin, à quatre ou cinq heures du matin, quand on rallume les lumières et qu’on se rend compte que ce sur quoi on s’est bien marré, c’est la misère de notre vie.
La vie de voyage d’Olivier Rolin est-elle aussi une fête ? Lui aussi se confronte à ce que le monde charrie d’horreurs et de beautés, mais il ne s’agit pas, dans Extérieur monde, de provoquer le lecteur, il s’agit de l’émerveiller comme l’auteur a été émerveillé par ces visages de femmes croisées partout, aimées avec ferveur un instant, gravées dans la mémoire (après le spectacle, hier soir, cette serveuse, aux Trentenaires, que je voyais laver la vaisselle et cette furieuse envie de me lever pour l’aider). La vie de Code 93 d’Oliver Norek est-elle une fête ? Des libertinages immondes, des assassinats spectaculaires, des droguées qu’on s’acharne à définitivement détruire, non, la vie de Code 93 n’est pas une fête, ou alors c’est une fête sordide, celle qui surgit parfois dans La vie est une fête, celle où on s’enfonce des matraques dans le cul, celle où on émascule ses victimes dans une orgie de violence qui voudrait non pas que la vie soit une fête, mais que ce soit la mort, la fête.
Préparation de quelques lectures calendrier de l’Avent pour mes amis. Je feuillette des bouquins, cherche des proses courtes, me prépare à les lire pour eux (pour elles aussi, pour elles surtout). Et sinon, tu écris ? On ne cesse jamais tout à fait d’écrire, me dis-je pour me rassurer. Et l’écriture, est-ce que c’est une fête ? Parfois, peut-être, sans doute, on aimerait bien, je ne sais pas.